Que peut la psychanalyse aujourd’hui ? Entretien avec David Pavón-Cuéllar

Entrevista realizada por Félix Boggio Éwanjé-Épée y publicada en francés el 7 de enero de 2019 en la revista Période

La psychanalyse semble de nos jours enterrée tant par le dédain militant que par les postures conservatrices de certains psychanalystes. La découverte freudienne et l’héritage lacanien sont-ils pour autant voués à défendre les rôles sociaux patriarcaux, à proclamer une indifférence à la politique, voire à jeter la révolution aux oubliettes de l’histoire ? Dans cet entretien, David Pavón-Cuéllar fait l’hypothèse du contraire. Contre l’uniformisation générale des subjectivités promue par le capital, la psychiatrie, les formes d’oppression, la psychanalyse est le lieu où un autre discours peut être tenu, où peut se dire la singularité de chacun. Pour Pavón-Cuéllar le communisme a pour premier fondement notre solitude commune, le fait que la différence soit universelle et se dresse contre toute uniformisation. Avec clarté, depuis la perspective située du Sud global, il souligne l’urgence d’une psychanalyse émancipatrice, et la situe du côté des affinités ontologiques entre Freud et Marx, de la critique de la psychologie, de la possibilité d’une mystique féministe révolutionnaire, d’une révolution tant sociale que poétique. « Qu’il n’y ait pas de réponse définitive à la question ne veut pas dire du tout qu’il n’y ait pas de réponses. Il y a même trop de réponses, précisément parce qu’il n’y a pas de réponse définitive. Autrement dit, on a plus d’une raison de faire la révolution. Des raisons, on en a trop, en fait. »

Psychanalyse et marxisme sont, de nos jours et en particulier en France, rarement envisagés comme compatibles. Les tentatives qui croisent Lacan et Marx viennent surtout du champ de la philosophie (Badiou, Žižek) et sont peu concernées par les rapports avec le débat en psychologie, sans même parler des questions cliniques. L’originalité de votre travail porte dans deux directions : les liens entre psychanalyse, marxisme et critique de la psychologie d’une part, et d’autre part l’apport de Lacan à la théorie du discours. Quel a été pour vous l’enjeu politique de ces deux entreprises théoriques ?

Peut-être que je surestime ces entreprises en considérant que l’enjeu politique est ni plus ni moins que l’existence d’un espace théorique, un parmi d’autres, de résistance contre le capitalisme et de lutte pour le communisme. On sait que la cause de cette résistance et de cette lutte, la cause pour laquelle on lutte et on résiste, a toujours concerné la tradition marxiste. Or, pour moi, une telle cause est également ce qui est en cause dans la psychanalyse, à savoir, l’irréductible singularité de chacun, le fait d’être singulier au point de ne pouvoir se mesurer à personne, qui est précisément la seule vérité que chacun partage avec les autres, la « solitude commune » dont parle Jorge Alemán, ce que nous avons en commun, le fondement du communisme. Il est vrai que ce fondement implique aussi de l’égalité entre des singuliers. Pourtant, l’égalité que Marx associe au communisme, comme Alfred Schmidt l’a bien remarqué, ne mesure pas tous les sujets avec le même standard, mais fait justice à leurs différences, à leur diversité, qui est celle de leurs désirs. Leurs différences sont telles qu’elles ne peuvent se résoudre en aucune inégalité.

On peut dire que le fondement du communisme, tel qu’il est conçu par Marx et le marxisme, réside dans ce qui est traité par la psychanalyse, dans la différence absolue de chacun, dans sa réponse unique au fait d’exister, c’est-à-dire, dans la condition du sujet au sens le plus radical du terme. Voilà, paradoxalement, le matériel toujours atypique avec lequel on tisse tout ce qu’il y a de vrai dans la communauté. Voilà aussi le substrat de toute vraie universalité, le singulier universel ou ce que Louis Althusser décrivait comme l’exception qui est la règle. Voilà, enfin, ce qui est mis en danger par ce que le capitalisme fait aux sujets.

La réflexion de Marx et de plusieurs auteurs de tradition marxiste nous apprend beaucoup sur les effets du capitalisme dans les sujets : l’annulation de la singularité de chacun et donc le déchirement de leur tissu communautaire, leur atomisation et la massification qui s’ensuit, leur homogénéisation et leur normalisation, leur adaptation jusqu’ à la confusion mimétique avec l’environnement, leur transformation en travailleurs et consommateurs échangeables et la réduction de leur vie à son aspect purement énergétique en tant que force de travail, force évaluable, force mesurable, vendable, exploitable. Certains de ces effets sont produits avec l’aide professionnelle des psychologues. La psychologie, en tant que prétendue science objective et générale, ne peut s’approcher du sujet singulier, non-objectif et non-général par définition, qu’en le niant théoriquement et en le détruisant dans la pratique. C’est ce qui arrive, par exemple, dans la plupart des évaluations quantitatives d’aptitudes ou d’intelligence, dans les diagnostics automatiques et d’autres catégories prêtes-à-porter, dans les classifications objectivantes et généralisatrices, dans les différentes stratégies de l’ingénierie humaine, dans la clinique normalisatrice ou dans les interventions rectificatives vouées à l’adaptation aux environnements scolaires ou industriels.

En contribuant à la suppression capitaliste du sujet avec son irréductible singularité, le travail scientifique et professionnel psychologique n’élimine pas seulement ce qui justifie la psychanalyse, mais aussi la seule vérité que l’on puisse mettre en commun pour construire le communisme. C’est pour cela qu’un engagement communiste comme le mien ne peut éviter de s’affronter à la psychologie, surtout à présent, non seulement à cause de l’influence croissante des psychologues, mais aussi en raison de la diffusion de la psychologie, de sa popularisation et de son débordement de la sphère scientifique, académique et professionnelle.

Il y a, en effet, une progressive psychologisation de la société capitaliste. Comme le montrent Ian Parker et Jan De Vos, le capitalisme se manifeste de manière de plus en plus psychologique. Ceci m’a amené à renforcer le caractère politique anticapitaliste et non purement théorique antipsychologique de ma critique de la psychologie, d’autant plus que la psychologisation implique toujours une certaine dépolitisation, un remplacement du politique par le psychologique. Il faut toujours essayer de reconstituer le politique là où il semble absent. Cela doit s’appliquer aussi à la théorie la plus apparemment apolitique. De toute façon il n’y a aucun métalangage théorique en dehors de l’univers politique.

Ce qu’il faut trouver, c’est la voie pour que la théorie s’ouvre au politique et sorte de son isolement spéculatif, mais sans tomber pour autant dans l’empirisme régnant dans les sciences humaines et sociales. C’est là où j’ai besoin d’une méthode comme l’analyse lacanienne de discours élaborée par Ian Parker, moi et d’autres collègues en employant certains apports de Jacques Lacan. Une telle méthode, qui n’est pas sans rapport avec la tradition marxiste de critique de l’idéologie, me permet constamment d’envisager l’enjeu politique de mon questionnement de la psychologie et de mes autres entreprises théoriques en les ramenant, par un travail d’écriture militante ou journalistique, au champ discursif des événements, de l’histoire et de la société.

– Dans votre livre sur la psychanalyse et le marxisme, vous rappelez combien le matérialisme de Freud et celui de Marx sont non seulement compatibles, mais peut-être même complémentaires. Pouvez-vous rappeler sur quels aspects les critiques marxiennes et freudiennes s’avèrent affines ?

Il y a d’abord les coïncidences ou ce que Lacan appellerait les « homologies » entre les deux critiques. C’est une question inépuisable. Je ne donnerai ici qu’un exemple qui vous intéressera peut-être, puisque vous faites référence au matérialisme de Marx et de Freud. C’est vrai, ils sont matérialistes, pas idéalistes. Le problème c’est que le matérialisme peut vouloir dire bien des choses différentes. Une d’elles, soulignée par Siegfried Bernfeld, c’est que Marx et Freud ne se tiennent pas seulement aux idées. Ils se méfient d’elles. Ils y voient des prétextes pour dissimuler des causes réelles et des véritables raisons. Dans les idées, en fait, les critiques de Marx et Freud découvrent des mécanismes d’idéologisation ou d’idéalisation. Elles y démêlent aussi d’autres processus matériels qui fabriquent des choses idéales ou idéologiques, plus ou moins illusoires et trompeuses, mais aussi révélatrices : des rationalisations de l’irrationnel qui offrent des raisons et produisent des effets de rationalité, la naturalisation constituant l’apparence de la nature et ce que l’on accepte comme tout à fait naturel, des justifications et des autojustifications pour faire et se faire justice, des mécanismes économiques ou pulsionnels inconscients engendrant et organisant intérieurement les contenus de la conscience, l’individualisation du social et l’identification à l’autre au fond de toute identité individuelle, des assujettissements au sein de la subjectivité, des pertes produisant la présence positive des objets, la projection et l’aliénation à la base de ce qui apparaît comme extérieur et étranger, l’introjection à l’origine de l’intériorité ou l’appropriation et l’exploitation des égaux à l’origine de toute propriété et inégalité.

Il y a ensuite les complémentarités. Ici aussi je ne peux donner qu’un exemple, mais j’aurais besoin d’un long détour. Il s’agit d’une étrange recherche que je développe lentement depuis l’année dernière. Allons-y… Je voudrais encore m’imaginer que je vous fais plaisir en vous parlant des orientations matérialistes du marxisme et de la psychanalyse. Parmi les différentes notions de matérialisme, il y en a une que j’attribue à Marx et à Freud et dans laquelle je découvre la complémentarité de leurs critiques : celle de la matérialité comme totalité qui fut explicitée dans la tradition marxiste occidentale de Georg Lukács, Karl Korsch et d’autres, que vous retrouvez chez certains freudo-marxistes comme Bernfeld et Otto Fenichel, qui se transmet à l’École de Frankfurt et à laquelle certains français, comme le surréaliste René Crevel et puis Louis Althusser, arrivent par d’autres chemins. Ce que ces auteurs ont en commun, c’est que leur matérialisme ne consiste pas à envisager exclusivement l’aspect économique ou physique ou physiologique de la totalité, ce qui ne serait pour eux qu’une forme de réductionnisme idéaliste qui réduirait la totalité à un aspect, à une idée que l’on a d’elle, et qui ferait abstraction de tout le reste. Être matérialiste, c’est ici considérer une totalité matérielle qui inclut également ses composantes idéales et idéologiques, spirituelles et fictionnelles, et donc sa considération même, ce qui pose toute sorte de problèmes, dont le caractère incomplet ou l’impossibilité de fermeture de la totalité sur elle-même. C’est ce que Lacan désigne avec l’idée qu’il met dans la base du structuralisme, celle de l’absence de métalangage.

Le matérialisme dont je parle nous oblige à repousser toutes les conceptions abstraites du sujet comme quelque chose de purement idéal ou matériel, spirituel ou corporel, intellectuel ou manuel. Or, dans la division capitaliste du travail qui atteint son apogée au XIXème siècle, ces conceptions constituent des modèles de subjectivité que l’idéologie bourgeoise, au moyen de ses ressources éthiques et économiques, impose aux deux classes de la société. L’économie politique bourgeoise fait abstraction du côté animique ou spirituel des prolétaires et les réduit à leur survie physiologique et à leur force de travail manuel, alors que l’éthique victorienne fait abstraction du côté corporel et réduit les bourgeois et tout particulièrement les bourgeoises à leur aspect animique, intellectuel ou spirituel. C’est une situation qui a été entrevue par Gueorgui Plekhanov quand il associe le matérialisme au prolétariat et l’idéalisme à une bourgeoisie qui réussit à se libérer de toute détermination matérielle dans son miroir littéraire. Ces modèles subjectifs matérialiste et idéaliste, ou plutôt idéaliste-matérialiste et idéaliste-idéaliste, seront précisément les objets des critiques marxiste et freudienne.

La psychanalyse permet aux hystériques bourgeoises de se rappeler leur corps et leurs pulsions corporelles, leur inconscient traversé par la sexualité, ce qui est refoulé par l’éthique idéaliste victorienne. De son côté, le marxisme permet aux travailleurs manuels, aux prolétaires, de se souvenir de leur conscience de classe, de leur condition intellectuelle, de ce qui est refoulé par l’économie politique matérialiste bourgeoise. Ces deux retours freudien et marxiste du refoulé sont les résultats des critiques parfaitement complémentaires de l’économie politique chez Marx et de l’éthique victorienne chez Freud. L’une se dirige à l’abstraction matérialiste de l’esprit dans la classe des travailleurs manuels, tandis que l’autre se réfère à l’abstraction idéaliste du corps dans la classe des travailleurs intellectuels.

Les deux critiques, aussi bien marxiste que freudienne, sont nécessaires dans leur complémentarité pour atteindre ce personnage matériel-idéal exigé par le matérialisme de la totalité, l’homme nouveau et la femme nouvelle du socialisme, l’être sexuel-sentimental dont nous avons un aperçu étonnant dans les réflexions d’Alexandra Kollontaï sur l’amour-camaraderie. Il s’agit là, bien évidemment, d’une tâche pratique, mais aussi théorique. Il faut une pensée libre, invariablement utopique, mais nécessaire pour que quelque chose change, toujours en fonction de l’utopie, comme Lacan l’a bien reconnu, tout en s’écartant logiquement de cette pensée qui n’est pas poussée jusqu’à ses dernières conséquences, qui n’est pas conséquente au point de situer le sujet là où il réside, en-dehors de la totalité, dans une ex-sistence qui n’est rien, qui ne participe d’aucun être, ni idéal ni matériel.

– En tant que lacanien, vous accordez un intérêt à la tradition freudo-marxiste qui peut sembler déconcertant. Il est plutôt d’usage pour les disciples de Lacan de considérer Reich et Marcuse, pour ne citer qu’eux, comme des théoriciens naïfs, aveuglés par leur biologisme et leur utopisme, porteurs d’une politique sexuelle qui se voulait libératrice mais qui s’est avérée absolument compatible avec le « discours capitaliste ». Alors, que reste-t-il pour vous à sauver dans cette tradition ? Que répondre à « l’immense condescendance de la postérité » ?

C’est en avril 1969, seulement une année après Mai 68, que Lacan explique dans son séminaire, comme je viens de le rappeler, que l’utopie est inséparable de la pensée libre, laquelle, à son tour, est indispensable pour que quelque chose change au niveau des normes de la société. Lacan ne se montre alors pas du tout intéressé à un changement révolutionnaire de la normativité sociale, non pas exactement parce qu’il est plutôt conservateur dans l’échiquier politique et plutôt sceptique à l’égard des révolutions sociales, ce qui est d’ailleurs vrai, mais parce qu’il donne un séminaire de psychanalyse et il veut expliquer pourquoi, selon ses propres termes, son propre discours, le savoir et l’expérience analytique doivent se développer « là où on travaille sérieusement », et non pas dans le champ de la pensée libre, de l’utopie et du changement social, où « c’est la foire ». Cette même idée apparaît sous d’autres formulations dans d’autres endroits des écrits et de l’enseignement oral de Lacan.

Les disciples de Lacan apprennent par cœur la leçon de leur maître et méprisent tout utopisme, toute pensée utopique, c’est-à-dire, toute pensée libre, toute occasion de changement de la société. De toute façon, comme Lacan l’aurait bien dit, c’est la foire, ce n’est pas sérieux, on ne peut rien gagner d’un côté sans perdre de l’autre, les révolutionnaires ne veulent qu’un maître et les révolutions changent tout uniquement pour ne rien changer et revenir finalement au point de départ. Ces formules automatiques remplacent la théorie lacanienne, laquelle s’appauvrit ainsi pour devenir tout ce que Lacan ne voulait pas qu’elle devienne, à savoir, du lacanisme, une doctrine politique et même une vision du monde, une Weltanschauung. Il n’y a pas ici de place pour une pensée certainement utopique et liée à l’imaginaire, souvent même naïve, enfoirée et pas très sérieuse, mais aussi libre et révolutionnaire, comme celle des surréalistes et des freudo-marxistes, de Reich et de Marcuse. Mais il n’y a pas non plus de place pour tout ce que nous apprenons de Lacan lui-même, par exemple, sur l’utilité de la psychanalyse pour ouvrir le cercle de la révolution, en empêchant qu’elle revienne au point de départ, ou sur la nécessité de l’utopisme et de la pensée libre pour la transformation des sociétés. D’où la tendance réactionnaire de ces lacanistes qui sont tout ce qu’il y a de moins lacanien.

Certes, Lacan était conservateur et votait De Gaulle, mais ceci est indépendant de ce qu’il nous apporte dans son enseignement. Le problème est que ses disciples interprètent souvent son apport comme une justification implicite de son conservatisme et adoptent ce même conservatisme comme une partie essentielle de son héritage. Ils s’imposent alors d’être conservateurs, même quand ils sont de gauche, et ils font tout pour se détacher des non conservateurs de la gauche freudienne. De toute façon, comme vous le savez bien, l’attachement de la plupart des lacaniens à Lacan est tel qu’ils s’acharnent à se détacher de tout ce dont Lacan se détachait dans son époque. C’est leur façon d’être conséquents. Et c’est peut-être ce qui les empêcherait de savoir, par rapport à ce que vous dites, que le biologisme de Reich ne s’impose qu’au moment où il s’écarte du marxisme ou que Marcuse lui-même est peut-être celui qui est allé le plus loin dans la dénonciation de la compatibilité entre le capitalisme et l’émancipation sexuelle à travers des concepts comme celui de la « désublimation répressive ».

– Dans Marxisme lacanien, vous proposez une relecture systématique de la théorie lacanienne des 4 discours (+1, celui du capitaliste) en la comparant au Capital de Marx. Si j’ai bien compris, vous lisez dans la rencontre Marx/Lacan une analyse du capitalisme comme un régime fondé sur la renonciation généralisée, excessive et imposée pour les exploités, tandis qu’elle est choisie par les exploiteurs du fait des impératifs de l’accumulation du capital. Est-ce, implicitement, une réactualisation des analyses de Freud dans Malaise de la civilisation sur les inégalités face au fameux « travail de la culture » ?

Vous avez absolument raison de voir là un effort de reprendre et peut-être même de mettre à jour certaines idées que l’on trouve dans L’avenir d’une illusion et dans Malaise dans la civilisation. Je voudrais seulement ajouter une idée extrêmement problématique de Freud qui est devenue centrale dans ma réflexion et dont je ne mesurais pas encore la portée il y a dix ans.

L’imposition de la renonciation, telle qu’elle est soufferte par les exploités, apparaît comme pénurie, manque d’opportunités, nécessité de longues journées de travail, salaire de survie, risque du chômage et de la misère, mais aussi comme répression, violence d’État, CRS, obligation d’obéir aux lois, caméras de surveillance, menaces d’amende et de prison, murs intérieurs et frontières internationales. Dans tous les cas, il s’agît de contraintes externes qui s’avèrent indispensables pour imposer des sacrifices à ceux que Freud caractérise gentiment comme une « majorité récalcitrante », comme « la grande foule des illettrés, des opprimés », qui n’ont pas « intériorisé » les « interdictions culturelles », qui « n’aiment pas les renoncements » et qui ont de bonnes raisons d’être des ennemis de la civilisation ». Freud oppose d’abord ces opprimés aux oppresseurs qui « s’approprient les moyens de puissance et de coercition », mais ensuite il ne distingue pas ces oppresseurs des « hommes cultivés » qui font le choix de la renonciation et qui n’ont pas besoin de contraintes externes parce qu’ils les ont intériorisées, devenant ainsi des « porteurs de la culture ». Il y a donc ici, dans cette représentation freudienne aristocratique de la société de classes, une opposition entre les minorités qui incarnent la culture et les majorités qui la menacent, entre les oppresseurs qui s’imposent ou imposent une renonciation et les opprimés auxquels ils l’imposent, entre ceux qui disposent et ceux qui ne disposent pas en eux d’un surmoi qui les dispense de la police.

La répression externe policière des opprimés serait seulement nécessaire parce qu’ils ne souffriraient pas une répression interne surmoïque comme celle soufferte par les oppresseurs. Au contraire, l’homme cultivé qui opprime les masses n’aurait pas besoin d’être opprimé parce qu’il s’opprimerait lui-même, parce qu’il serait son propre oppresseur, parce qu’il serait intérieurement déchiré entre ses pulsions et son propre surmoi comme expression des contraintes intériorisées et de la culture dont il est porteur. Cette différence de classe fut reconnue par Antonio Gramsci et suffit pour expliquer pourquoi il pense que la psychanalyse ne peut être utile que pour les sujets des classes dominantes qui souffrent un déchirement interne entre leurs pulsions et leurs valeurs culturelles, entre le réel et l’idéal, car ils s’identifient à ses idéaux et les éprouvent comme quelque chose de « spontané » au lieu de les reconnaître comme une imposition. Voilà pourquoi il faut des psychanalystes pour les oppresseurs, alors qu’il ne faut que des policiers ou des révolutionnaires pour les opprimés.

L’hypothèse de Freud et Gramsci est précieuse et révélatrice, mais elle est extrêmement problématique et elle doit être considérée uniquement comme un point de départ. Je suis convaincu, tout d’abord, que les opprimés souffrent un déchirement interne comparable à celui des oppresseurs. Une des meilleures réflexions sur ce déchirement se trouve dans l’œuvre du marxiste mexicain José Revueltas. On y voit les effets déchirants de l’oppression et leur étrange rôle dans la constitution du sujet et de ce qu’on appelle le « surmoi » dans la psychanalyse.

Qui oserait dire que les opprimés sont dépourvus de surmoi ? N’est-il pas évident qu’ils s’identifient eux aussi aux idéaux culturels et qu’ils intériorisent aussi les contraintes corrélatives ? D’ailleurs, puisque l’idéologie de la classe dominante est en une certaine mesure l’idéologie de toute la société, les idéaux et les contraintes des opprimés peuvent être les mêmes que celles des oppresseurs. Mais on retrouve en plus des configurations idéologiques différentes chez les opprimés, particulièrement à l’époque de la société néocoloniale et dite multiculturelle, ce qui provoque des déchirements supplémentaires au sein de la subjectivité. Voilà pourquoi, d’après le raisonnement de Gramsci, les opprimés pourraient eux aussi bien profiter de la psychanalyse. Ils en profiteraient parce qu’ils sont aussi des sujets et ils ne peuvent être que déchirés par le discours, par la culture, par les idéologies que les traversent. On pourrait déjà s’arrêter là. Or, pour moi, il faut aller au-delà de ce plan idéologique.

Il faut considérer notamment l’exploitation économique sous-jacente à l’oppression idéologique, politique et culturelle. Il faut penser à ce que Marx dit de la personnification du capital par les exploiteurs, mais également sur les implications subjectives de la subsomption des exploités dans ce capital et sur leur conversion dans la partie variable du même capital. Aussi bien les exploités que les exploiteurs sont possédés par la même figure surmoïque du capital, par le même signifiant des signifiants dans le capitalisme, par cette même entité que Marx décrit avec perspicacité comme un vampire qui suce la vie pour la transformer en quelque chose d’aussi mort que l’argent. Donc on peut supposer que les exploités et les exploiteurs sont tous les deux internements déchirés par la contradiction principale entre leur vie et le capital mortifère où ils s’aliènent.

L’aliénation au sens d’être le capital, d’être Autre ou d’Enfremdung, implique déjà chez Marx une aliénation comme Entausserung, comme division ou déchirement d’avec l’Autre qu’on est, telle que celle proposée par Gramsci comme justification du besoin de la psychanalyse et plus tard élaborée par Lacan dans Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Mais cette aliénation comme division n’est pas évidemment la même chez les exploités que chez les exploiteurs. Il faut se rappeler ce que Marx nous dit à ce propos d’abord dans les Manuscrits de 1844 et puis dans le sixième chapitre inédit du Capital : des capitalistes s’enracinent dans l’aliénation et y trouvent leur propre satisfaction, tandis que le prolétariat la souffre et c’est pour cela qu’il se révolte contre elle. C’est aussi pour cela que les prolétaires sont conçus comme les agents de la révolution. Mais c’est peut-être pour la même raison qu’ils devraient pouvoir profiter plus de la psychanalyse que les capitalistes, ce que Wilhelm Reich a très bien compris. Je pense que l’on peut accepter cette idée à condition de ne pas essentialiser les figures du capitaliste et du prolétaire, de ne pas les prendre, en suivant Laclau et Mouffe, comme des identités données, mais plutôt comme des positions à l’égard du capitalisme et de l’aliénation.

– Si, comme vous le prétendez dans ce même livre, l’être parlant est condamné à s’auto-exploiter ou à être exploité par d’autres du fait du langage et de la parole, comment éviter le cynisme lacanien qui veut que les révolutionnaires se trouvent toujours un nouveau maître ? Le lacanisme n’a-t-il pas à cet égard, et au moins en France, une lourde responsabilité dans la promotion d’une psychanalyse dépolitisée, voire dans l’ascension des Nouveaux philosophes et leur croisade anti-totalitaire ?

Je ne sais pas s’il est juste de tenir le lacanisme responsable des niaiseries de Bernard-Henri Lévy et des autres Nouveaux philosophes, mais on peut effectivement le responsabiliser d’une certaine dépolitisation de la psychanalyse, et ceci pas seulement en France, mais aussi en Amérique Latine. La gauche freudienne latino-américaine a toujours eu de très bonnes raisons de se méfier des lacaniens. Ce sont à peu près les mêmes raisons pour lesquelles beaucoup de marxistes conséquents, aussi bien en Amérique Latine que dans le reste du monde, ressentent la plus grande méfiance envers ce qu’on appelle aujourd’hui la « gauche lacanienne ».

Ce qui est assez amusant, c’est que le lacanisme est fier de la méfiance qu’il inspire. Même quand il se dit être de gauche, il se croit trop lucide pour être compris par les gauchistes en général. Cependant, aux yeux de la gauche radicale, cette prétendue lucidité paraît plutôt du cynisme. Les propres lacaniens, même quand ils se prétendent gauchistes, paraissent trop cyniques pour être de gauche. Mais ce malentendu n’est-il pas un cas extrême et exemplaire de ce qui arrive avec la gauche qui est touchée par le structuralisme et par ce que les anglais et américains appellent « poststructuralisme » ?

De même que d’autres penseurs comme Foucault, Deleuze, Derrida et même d’une certaine façon Althusser, Lacan représente un défi au marxisme conséquent et à la gauche radicale, communiste et révolutionnaire. Le défi apparaît sous la forme d’une longue série d’énigmes impossibles à résoudre. Je pense qu’une de ces énigmes plus fondamentales s’exprime nettement dans la première partie de votre question.

Puisque le signifiant est maître, puisque nous ne pouvons être qu’exploités par ce que nous énonçons, puisqu’il n’y a pas moyen de se libérer du malaise dans la civilisation, à quoi bon faire la révolution pour changer de malaise, de signifiant, de maître ? Je pense qu’il n’y a pas de réponse définitive à cette question. C’est pour cela que je dis qu’il s’agit d’une énigme insoluble, c’est-à-dire, pour Lacan, d’une vérité. On ne peut que faire avec. Et que faire ? Voici la question des questions, des « questions brûlantes », comme disait Lénine. Et comme Lénine le dit également, il faut le travail théorique, les tentatives toujours insuffisantes et approximatives de savoir la vérité, de résoudre l’énigme, de répondre à la question qui se pose. Qu’il n’y ait pas de réponse définitive à la question ne veut pas dire du tout qu’il n’y ait pas de réponses. Il y a même trop de réponses, précisément parce qu’il n’y a pas de réponse définitive. Autrement dit, on a plus d’une raison de faire la révolution. Des raisons, on en a trop, en fait.

Pourquoi faire la révolution ? Pour qu’elle ne soit pas uniquement ce qu’elle est, pour ne pas la solidifier dans la forme qu’elle a, pour qu’elle puisse continuer, pour ne pas s’arrêter dans le constat du changement de malaise et de maître, pour ne pas se limiter à être cynique, pour ne pas rester dans ce point où l’on est arrivé, pour traverser notre fantasme, pour aller au-delà dans la direction que Lacan lui-même nous marque, pour ouvrir le cercle de la révolution, pour transformer le cercle en une spirale, pour que la révolution devienne permanente, pour qu’elle soit culturelle, pour qu’elle nous fasse voir ce qui est encore invisible, pour qu’elle nous permette de savoir pourquoi nous aurons fait la révolution, mais peut-être aussi, au moins, pour que nous puissions encore nous poser la même question, pour qu’il y ait encore des questions, pour empêcher que le maître capital finisse par nous taire et nous supprimer, pour qu’il y ait encore un sujet qui puisse ressentir le malaise et tomber dans les pièges de la maîtrise, pour qu’il y ait aussi encore de la civilisation dans le malaise et de la signifiance dans la maîtrise, pour que le signifiant de l’argent ne dévore pas toute autre signifiance et toute civilisation, pour qu’il n’élimine pas toute condition d’existence du sujet, pour que le capitalisme néolibéral ne poursuive pas sa destruction de plus en plus rapide de notre vie et de notre monde.

Comment concevez-vous l’alliance générale que vous semblez prôner entre les psychologies marxistes anti-psychogisation, et les différents courants de la psychanalyse ? Avez-vous une conception fondamentalement pluraliste ? Y aurait-il du coup une urgence à constituer des espaces éditoriaux ou théoriques pluralistes autour de la psychologie ou des psychanalyses critiques ?

S’il y a là du « pluralisme », je pense que c’est l’effet de la destruction dont je parlais, du vertigineux mouvement historique dévastateur que nous vivons et qui devrait nous obliger nous, les anticapitalistes, à nous unir et à utiliser tous les morceaux que nous retrouvons dans les ruines, toutes les ressources à notre disposition, même les plus hétérogènes. Ce qui en résulte, c’est le style hétéroclite de la barricade, ce qui n’exclut pas, bien évidemment, certains principes de méthode et de rigueur, puisqu’il faut que la barricade soit consistante et tienne les coups.

Je suis donc persuadé qu’il s’agit effectivement d’une question d’urgence. La critique ne peut que suivre le rythme des circonstances. Et c’est indiscutable que ce rythme ne cesse pas de s’accélérer. Voilà un autre effet du capitalisme qui a été souligné par Lacan lorsqu’il a décrit le discours capitaliste à Milan.

Comme dans les tornades, peut-être que l’accélération passe inaperçue, curieusement, là où elle devrait passer moins inaperçue, dans quelques centres intellectuels privilégiés situés dans le vortex. Ce que je peux vous assurer, c’est qu’elle est plus qu’évidente dans certaines marges, banlieues ou périphéries comme celle où je me situe, à Morelia, à l’ouest du Mexique, dans une université publique où les professeurs ne sont pas toujours payés et où les étudiants ne cessent de s’agiter et de cavaler entre leurs boulots et leurs études pour essayer d’échapper aux dangers de la misère, le trafic de drogues et l’émigration forcée. Ici et maintenant, en effet, on n’a pas de temps pour un luxe comme celui des merveilleuses et interminables controverses théoriques de l’époque de l’État Providence dans le Premier Monde, ce qui est d’ailleurs assez regrettable.

Comment ne pas regretter le temps ? Comment ne pas faire tout ce qui est dans nos mains pour le récupérer, pour freiner, ralentir ? C’est d’ailleurs le plus sensé qu’on puisse faire contre le capitalisme néolibéral. Je veux dire que je ne prônerais jamais une stratégie accélérationniste. Je suis plutôt partisan de la vieille tactique d’obstruer, d’entraver, de bloquer la route, de se mettre en grève. Mais je reconnais qu’on devrait faire la révolution pour nous arrêter, pour avoir enfin vraiment le temps et tout ce qu’il peut contenir, pour nous libérer de l’urgence et de tout ce qu’elle nous fait sacrifier, comme c’est le cas de l’idéalisme spéculatif, lequel, en fait, comme Plekhanov l’a bien dénoncé, a toujours été le privilège de certaines classes, époques et nations. Rosa Luxemburg a raison là-dessus quand elle considère que le droit à l’idéalisme doit être aussi une cause révolutionnaire. Peut-être que ce droit n’est finalement qu’une expression du droit à la paresse, à l’inaction et à l’oisiveté, dont parlait Paul Lafargue au XIXème siècle.

Ce qui est sûr, c’est que l’urgence nous écarte de l’idéalisme et favorise des positions pragmatiques plutôt matérialistes comme celle que vous appelez « pluraliste ». Ce pluralisme, tel que je l’envisage, consiste à privilégier des alliances politiques en fonction de la matérialité historique des luttes de classes, de la conjoncture et des événements, et aux dépens de l’idéalité prétendument anhistorique des conflits entre des écoles théoriques ou des guildes professionnelles. D’ailleurs, faute de métalangage, une telle idéalité n’est souvent qu’une élaboration idéologique, une rationalisation au sens freudien du terme, du vrai enjeu matériel. C’est pour cela que je ne m’inquiète pas beaucoup du fait que mes compagnons de tranchée, de barricade, ne soient pas les lacaniens, mais plutôt des psychologues critiques, des représentants de la gauche freudienne, des anticapitalistes, certains anarchistes, des féministes et des décoloniaux, des zapatistas et des psychologues de la libération de la tradition d’Ignacio Martín-Baró, et bien évidemment des communistes et des marxistes conséquents, parmi lesquels on trouve heureusement de nombreux lacaniens.

Etonnamment, vous ne développez pas fondamentalement les apports de Wilfred Bion dans vos ouvrages, alors qu’il se prête à la fois à d’intéressants dialogues avec Lacan et propose une théorie de la psyché radicalement portée vers le social. Plus étonnant encore, vous dites très peu de choses de Deleuze et Guattari, alors qu’il y aurait beaucoup à dire sur leur rapport au lacanisme et à la politique. Pourquoi ces deux omissions ?

Il y a précisément pas mal de compagnons deleuziens dans ma tranchée, tels que le brésilien Domenico Hur ou l’américain Hans Skott-Myhre. Je me sens proche d’eux et j’ai toujours été sincèrement intéressé au travail monumental de Deleuze et Guattari. Je mentionne de temps en temps certaines de leurs idées, mais je les prends de manière isolée, je les décontextualise et je m’en sers avec légèreté, voire irresponsabilité.

J’essaie toujours de tenir à distance l’ensemble de la pensée de Deleuze et Guattari, peut-être simplement parce qu’elle me submerge et que je ne saurais pas comment l’articuler correctement avec la mienne et celle de mes auteurs. Elle me paraît, en plus, trop proche et simultanément trop éloignée. C’est à peu près la même chose qui m’arrive avec Bion. Là aussi je trouve une pensée étrangement familière, unheimlich, et en plus hautement systématisée et élaborée, assez achevée et fermée, avec des conceptualisations précises qui ramènent les unes aux autres et qu’il n’est pas facile de reprendre dans une autre perspective.

Il faut dire, enfin, que je suis déjà trop occupé par mon travail d’articulation entre Marx, Freud, Lacan et mes auteurs des traditions marxiste et freudo-marxiste. Et ma barricade est déjà trop hétéroclite comme ça ! Imaginez seulement si maintenant j’y incorpore du Bion et du Guattari !

L’un des points les plus forts pour contester la psychanalyse concerne la question de l’Œdipe et, dans le cas des lacaniens, le primat du phallus et de la castration. Que répondez-vous par exemple aux critiques queer de la différence des sexes ou du phallocentrisme des écoles de psychanalyse ?

Je viens de m’occuper de ces critiques dans un livre qui apparaîtra dans les prochains mois. Je leur y consacre un chapitre. Je vous surprendrai peut-être en vous disant que je les trouve justes et nécessaires. Elles ont raison de mettre en question la normalisation de la sexualité au sein de la psychanalyse. Mais il y a là un détail assez évident sur lequel je voudrais insister.

Le phallocentrisme et l’essentialisme de la différence sexuelle ne sont pas un problème spécifique de l’héritage freudien. Comme Juliet Mitchell l’a bien montré, la psychanalyse ne fait que manifester d’une manière peut-être idéologique, mais aussi profondément véritable, révélatrice et dénonciatrice, une composante hétéro-patriarcale inhérente à la société de classes et fondamentale dans une civilisation précise, dans le système capitaliste et dans un modèle moderne de subjectivation. C’est là où réside le problème et non pas dans la révélation freudienne. Une telle révélation ne devrait pas être l’objet des critiques, lesquelles, selon moi, devraient plutôt s’attaquer à ce qui se révèle.

Ce que la psychanalyse nous apprend sur le patriarcat fut déjà magistralement exposé par Mitchell et d’autres. Il reste encore beaucoup à dire là-dessus. Je voudrais m’arrêter seulement sur un point qui me paraît crucial et auquel je réfléchis depuis quelques années. C’est un point qui nous renvoie au niveau radical de la vérité, lequel ne peut s’aborder malheureusement que de manière mythologique, dans sa structure de fiction. Il s’agit de l’interprétation de la différence sexuelle en termes d’une distinction entre l’être féminin et l’avoir masculin, entre être et avoir le phallus, qui s’établit par la castration et qui inaugure une dialectique symbolique où viennent s’opposer l’existence et la possession, l’ontologie et l’économie, le monisme de l’être et le dualisme sujet/objet de l’avoir. Une telle dialectique permet de sonder tout ce qui est en jeu dans l’instant mythique du surgissement de la propriété privée tel qu’il se présente chez Johann Jakob Bachofen, chez Lewis Morgan, dans les Cahiers ethnologiques de Marx et dans L’origine de la famille d’Engels.

Ce n’est pas par hasard que le surgissement de la propriété privée coïncide avec la défaite finale du matriarcat et le début du règne du patriarcat victorieux. Ce que la psychanalyse nous apprend, c’est que la transition de la logique matriarcale à la celle proprement patriarcale est un passage de l’être à l’avoir, de la communauté à la propriété, de la continuité à la discontinuité entre le sujet et l’objet, du monisme existentiel-ontologique au dualisme possessif-économique. Voici l’enjeu de cette disparition du communisme primitif qui est aussi l’entrée en scène d’une société de classes qui atteint sa forme achevée dans le capitalisme. Voilà aussi l’enjeu d’une lutte féministe qui doit être conçue alors comme quelque chose d’inséparable de notre combat communiste.

Ce que je vous dis là n’est pas de l’essentialisme et même pas de l’essentialisme stratégique. Il s’agit tout simplement, comme je l’ai déjà indiqué, d’une interprétation mythologique, adjacente à celle de Totem et Tabou, qui peut contribuer à raffermir le fondement de notre mystique révolutionnaire. On en a besoin, surtout dans un mouvement collectif, comme celui du communisme, où nous luttons pour une vérité qui reste inaccessible au savoir et à sa rationalité. C’est une des leçons de Max Eastman et particulièrement d’Henri De Man dans l’époque d’entre-deux-guerres. C’est quelque chose que les intellectuels communistes doivent encore bien comprendre afin de s’écarter des positions d’avant-garde fondées sur un supposé savoir, dont le savoir du fait que les signifiants sont vides, et sur la rationalité qui en découle, comme celle stratégique d’une manipulation du peuple qui s’attacherait naïvement au contenu des signifiants.

Ce qui est certain, c’est que la naïveté n’est pas celle du peuple. Il y a bel et bien un contenu, une vérité, qui ne peut se manifester que de manière approximative, irrationnelle, mythologique, esthétique. Il faut bien avoir le courage de manifester ce contenu, ce qui n’a rien à voir avec la stratégie fasciste que Walter Benjamin appelait « esthétisation de la politique ». Il ne s’agit pas d’esthétiser pour escamoter la vérité, mais de reconnaître, au contraire, qu’il y a une vérité du communisme qui n’est pas rationnelle et qui ne peut se manifester que de manière esthétique. Cette manifestation peut contredire la réalité, mais elle est vraie au sens le plus radical du terme, celui précisément où la vérité doit contredire une réalité aussi fausse que celle où nous vivons. On touche là une idée fondamentale de Lacan. Or, au moins dans cette idée, Lacan n’est pas seul. Ernst Bloch, Theodor Adorno et Herbert Marcuse ont déjà insisté, chacun à sa manière, que ce n’est pas dans la réalité où nous trouverons une quelconque vérité. Voilà pourquoi nous avons encore besoin de la mythologie dans le communisme. Il s’agit d’y croire et non seulement d’en faire semblant, comme des leaders populistes avec leurs signifiants vides. Il s’agit, en peu de mots, de se rapporter esthétiquement à la vérité de notre lutte, sans aucune prétention de savoir et de raison qui nous autoriserait à être leader ou avant-garde, et de renouer ainsi des rapports sincères et horizontaux avec ce que nous sommes toujours, avec ce qui est exprimé par des termes comme « peuple » ou « masse », au lieu de continuer à nous laisser dans les mains des néofascistes avec leur stratégie traditionnelle d’esthétisation de la politique.

– Êtes-vous sensible au fait qu’aujourd’hui, la psychologisation voire les catégories psychiatriques ont fait un grand retour dans les milieux militants de gauche radicale (notamment via les politiques féministes et trans, autour des questions de trauma, de résilience, d’anti-validisme et de dysphorie de genre) ? Quels sont les effets idéologiques à en attendre et comment les combattre ?

Je connais bien cette psychologisation dans la gauche radicale. Elle m’entoure de tous les côtés. Je la déplore parce qu’elle est aussi la dépolitisation dont je parlais au début et donc une sorte de claudication dans nos luttes. Si je ne l’ai pas critiquée, c’est tout simplement par solidarité avec mes camarades, mais aussi, pour être sincère, parce que j’hésite en ce qui concerne l’aspect stratégique. J’oscille ici entre deux extrêmes. D’une part, je me dis que la psychologie est devenue une arme très puissante dans notre époque et qu’il ne faudrait peut-être pas nous en priver et la laisser dans les mains de nos ennemis, ce qui serait seulement à leur avantage. Mais, d’autre part, je sais très bien, comme disait Althusser, qu’on ne peut se servir d’une idéologie qu’en lui étant soumis. Et se soumettre à la psychologie ce n’est ni plus ni moins que se soumettre à tout ce contre quoi on lutte. Il y a là notamment l’objectivation entendue comme neutralisation du sujet, ainsi que ce que j’ai déjà évoqué en répondant à votre première question, ce qui fait la force du capitalisme dans le terrain subjectif, à savoir, l’individualisme universaliste qui dissout le singulier universel, c’est-à-dire, la singularité que l’on a en commun, avec laquelle on tisse toute communauté et qui est le fondement du communisme.

– Enfin, on a beaucoup parlé des effets politiques (dans le registre de la théorie) de la psychanalyse, mais la clinique psychanalytique a-t-elle pour vous un rôle politique à jouer (à la fois dans et hors l’institution)

Ma réponse est affirmative. La clinique psychanalytique peut avoir un rôle politique subversif, révolutionnaire et émancipatoire, mais à condition de ne pas être ce qu’elle est le plus souvent. Il faudrait que la psychanalyse cesse d’être une psychologie travestie et qu’elle cesse d’accomplir des fonctions psychologiques habituelles comme celles de valve d’échappement, défoulement cathartique, distension et pacification, individualisation et généralisation du singulier universel, normalisation et pathologisation, objectivation neutralisante du sujet, fausse réponse à ses énigmes, supposition d’un savoir général, conversion dans une Weltanschauung et dans une religion laïque, identification à la figure de l’analyste, promotion de certains courants et recrutement pour certaines écoles ou associations en concurrence, soumission aveugle à certains leaders, endoctrinement et idéologisation, diffusion du relativisme et du subjectivisme, justification du scepticisme et du cynisme, solution individuelle des conflits sociaux, révolutions personnelles pour empêcher des révolutions collectives, individualisation et renfermement sur soi, dissolution des classes et des communautés, dépolitisation par la psychologisation du politique, exercice du pouvoir de suggestion, occultation du fonctionnement de la psychanalyse comme profession libérale rémunérée ou refoulement de son caractère de classe et de ses profondes complicités avec le capitalisme néolibéral et néocolonial.

Pour mesurer les services que la psychanalyse rend à ce qui nous opprime, il faut toujours garder à l’esprit combien elle a été complaisante avec l’oppression et débrouillarde au sein des systèmes oppressifs. On en a des exemples frappants comme ceux des psychanalystes nazis Felix Boehm et Carl Müller-Braunschweig, ou celui du tortureur freudien Amilcar Lobo Moreira dans la dictature brésilienne, mais il faudrait penser aussi à ceux beaucoup plus nombreux, mais plutôt discrets et presque invisibles, qui sont délatés par Lobo Moreira : les psychanalyses qui savaient très bien ce que ce dernier faisait, qui ne l’ont pas dénoncé et qui se limitaient à exercer tranquillement la psychanalyse sous le régime dictatorial.

Les psychanalystes signalés par Lobo Moreira sont un peu partout en Amérique Latine. Ils sont majoritaires et ils ne se laissent déranger ni par les dictatures ni par la répression politique ni par l’impérialisme des États-Unis ni par les conditions d’extrême injustice et inégalité dans cette région du monde. Leurs analysants appartiennent souvent aux oligarchies d’oppresseurs. Ils s’en fichent, mais en profitent pour s’enrichir et appartenir eux-mêmes à ces oligarchies. Alors il arrive qu’ils commencent à faire de la politique pour dénoncer des régimes populistes de gauche comme celui de Chávez et Maduro au Venezuela. Ils leur reprochent précisément ce qu’ils n’ont jamais su reprocher aux dictateurs de droite. Et les psychanalystes français, bien entendu, s’unissent à leurs chorales plaintives. Les uns et les autres appartiennent aux mêmes classes sociales. Ils ont les mêmes intérêts et les mêmes orientations idéologiques.

Même quand ils ne se mêlent pas dans la politique, les psychanalystes ne devraient pas croire que leur pratique est apolitique. Elle ne l’est pas et ne le sera jamais, comme Lacan l’a bien constaté. Voilà pourquoi il faudrait maintenir une réflexion permanente sur les implications politiques de la clinique psychanalytique et prendre au sérieux les critiques lucides qu’elle a reçue à ce propos de part de Valentin Voloshinov, Georges Politzer, Wilhelm Reich, Theodor Adorno, Michel Foucault, Robert Castel et tant d’autres.

En plus de réfléchir à la politique de leur pratique, les psychanalystes devraient aussi continuer à s’aventurer par des voies qui permettent à la clinique de s’ouvrir à l’histoire et d’échapper de son mirage d’apolitisme, de son enfermement bourgeois, de son inertie et de sa récupération et domestication par le système. Je pense, par exemple, aux pratiques où le marxisme et la psychanalyse s’unissent pour la transformation radicale des institutions et de la société. Il y a bien évidemment les cliniques SEXPOL de Reich et les expériences pédagogiques libératrices de Siegfried Bernfeld à Baumgarten et de Vera Schmidt à Detski Dom, ainsi que les stratégies poétiques révolutionnaires de Tristan Tzara ou la psychothérapie institutionnelle de François Tosquelles et ce à quoi elle donne lieu chez Frantz Fanon. Il y a également certaines formes de psychanalyse groupale et institutionnelle comme celles associées au mouvement Plateforme et aux figures de Marie Langer et d’Armando Bauleo en Amérique Latine. Je pourrais donner bien d’autres exemples que j’examine dans le dernier chapitre de mon livre Marxism and Psychoanalysis : in or against Psychology ? Je voudrais seulement, pour finir, ajouter la récente expérience brésilienne de psychanalyse gratuite dans les rues, dans les parcs et les gares, qui est étroitement liée à des organisations de gauche radicale et à laquelle on consacrera une section spéciale dans le prochain numéro de la revue Teoría y Crítica de la Psicología.

Propos recuellis par Félix Boggio Éwanjé-Épée.

Lo siempre nuevo: Marx después del posmarxismo

Marx

Artículo publicado en Memoria, revista de crítica militante, en diciembre 2018

David Pavón-Cuéllar

Revuelta posmoderna

Marx ha sido el más importante de los referentes e inspiradores del peculiar espíritu crítico y emancipatorio de la moderna izquierda occidental. Sin embargo, al desarrollarse en un sentido posmoderno hacia el último cuarto del siglo XX, este mismo espíritu se ha sentido a veces importunado, estorbado y hasta oprimido y sofocado por Marx. Ha intentado entonces desembarazarse de él, sacudírselo, al estimar que su ascendente abrumador, su infalible autoridad y su metanarrativa totalizadora inhibían más de lo que estimulaban la crítica y la emancipación.

La revuelta posmoderna de la izquierda contra Marx también se ha visto justificada y estimulada por el creciente desprestigio y el estrepitoso derrumbe del socialismo real. Este derrumbe no fue sino el desenlace de una progresiva separación entre el mundo y cierto marxismo cada vez más desacreditado. Fue como si la realidad se desencantara poco a poco de quien fuera su gran encantador, el revolucionario convertido en lo contrario de sí mismo, y al final, de pronto, lo abandonara.

El giro posmarxista debe situarse además en una escala histórica y cultural más amplia. Descubrimos, entonces, el proceso por el que han ido erosionándose y desmoronándose figuras tutelares como la de Marx: un proceso que puede explicarse en el psicoanálisis como un efecto de la declinación de la paternidad.1 En la reciente historia de la izquierda, tal proceso ha culminado precisamente con la revuelta posmoderna en la que se rechaza todo aquello paterno que Henri de Man ya descubrió alguna vez en Marx: la idea misma de un padre para la izquierda, su endiosada paternidad simbólica, su testamento fundador, su opresivo legado, la identificación con su persona, su nombre que da nombre a los marxistas y las diferentes formas de culto de su personalidad.2

Lo que se pierde

El caso es que el padre fue desconocido por la izquierda posmoderna. Muchos izquierdistas dejaron de ser marxistas, lo que puede comprenderse, como hemos visto, al considerar el ocaso de identificaciones como la establecida con Marx, la desacreditación de aquello que se le atribuía y la fuerza liberadora que transmitió y que terminó volviéndose contra él. Estos factores y otros más hacen que la desidentificación de Marx, juzgada hoy retrospectivamente, pueda comprenderse. Con todo, por más comprensible que sea por sus razones, tenemos derecho a que nos parezca deplorable por sus efectos, por lo que significa, por lo que pensamos que se pierde con ella.

Lo que perdemos al dejar de ser marxistas es lógicamente algo que sólo podemos conservar a través de nuestra militancia en el marxismo. Es algo que tan sólo puede saberse al serlo y hacerlo de algún modo. Es algo que implica una práctica, la cual, a su vez, exige una implicación del sujeto, una identificación militante de su propio ser con aquello de lo que se trata.

De lo que se trata no es del personaje Marx al que sus partidarios harían vivir de un modo fantasmagórico. Es más bien aquello personificado por Marx, aquello a lo que su persona da nombre y rostro, aquello social e histórico venerado en el culto a su personalidad. Es una idea, una actitud, un afán, un movimiento, una estrategia, una lucha. Es, como ya vimos, una inspiración crítica y emancipatoria. Es también, como veremos, una verdad y un futuro. Todo esto es lo que podría perderse al perder el marxismo. Es aquello con lo que se identifican los marxistas, aquello que intentan ser, aquello a lo que rinden culto en la persona de Marx.

Nuestra verdad, la de Marx

Estamos prevenidos contra el culto a la personalidad. Sabemos que Marx ya lo llamó por su nombre, Personenkultus, y que lo repudió tanto en general como cuando se le rindió a su persona.3 Sabemos también que este culto constituye una suerte de enajenación como la religiosa descrita por Feuerbach4 y explicada económicamente por Marx: enajenación en la que algo humano se adora como algo ajeno sobrehumano, en el exterior, tras desprenderse a sí mismo en su proceso productivo.5 Sin embargo, así como la religión puede ser desenajenante al reconocerse el “carácter intramundano de la salvación”6, así también, por el mismo rodeo, una religiosidad secular como la de los marxistas consigue desenajenarlos cuando les permite reapropiarse lo depositado en Marx al identificarse de modo militante con su persona, la cual, en su indiscutible presencia de “cuerpo singular”, como lo ha observado Badiou, es la mejor “garantía” y el único “punto fijo” de todo lo social e histórico pretendidamente representado por el marxismo.7

Lo que el marxismo pretende representar es lo que Marx parece presentar al personificarlo y así encarnar su verdad. Esta verdad es la que nos hace reconocernos en Marx. Es la que inmediatamente, sin que medie su personificación, tan sólo se ve a través del microscopio de la abstracción. Es la concretada y mistificada en la ideología. Es la del rastro de nuestra existencia en la conciencia, en la historia que protagonizamos, en las mercancías en las que desaparecemos. Es la de aquello a lo que nos hemos visto reducidos en el sistema capitalista, la de nuestro lugar en este sistema en el que no hay lugar para nosotros, la de nuestra vida convertida en fuerza de trabajo con la que se anima el vampiro del capital.

Lo que se nos arrebata en el capitalismo es lo que retorna bajo la forma de Marx. Es también lo que intentamos recobrar mediante la identificación militante con su persona. Es, una vez más, nuestra verdad, la de Marx. Es la verdad negada en el capitalismo y afirmada por el comunismo de Marx, no un comunismo incauto, sino uno advertido que aparece como promesa que puede cumplirse, como ideal realizable, como algo que sólo espera que la práctica revolucionaria lo realice, pues ya se encuentra de modo potencial en la misma realidad que lo conjura, en lo que subyace a ella, en su negativo, en el reverso verdadero de su anverso engañoso.

Entre Marx y la realidad

Marx denunció el engaño constitutivo de una realidad irremediablemente ideologizada en el capitalismo. Para desengañarnos de esta realidad, nos reveló una verdad que no corresponde a ella, sino que la contradice y tan sólo podrá tornarse real si la transforma, volviéndola verdadera, con el gesto revolucionario.8  La contradicción entre la verdad y la realidad, que da la razón al dogmatismo delirante de algunos marxistas, quiere decir ni más ni menos que el equivocado es el mundo y no Marx, es decir, que Marx es más verdadero que la realidad en la que vivimos, la cual, delatándose a sí misma, se nos muestra cada vez más aberrante, absurda, errática y errónea, y por eso mismo, aunque no sólo por eso, no está en condiciones de patentizar ningún supuesto error de Marx.9

Por más que se haya esforzado, el mundo real ha fracasado en su refutación de Marx. No ha conseguido refutarlo ni con el intervencionismo político-estatal que hizo imaginar a Habermas10 por un momento, antes del neoliberalismo, que se había superado el determinismo socioeconómico, ni con el dispositivo neoliberal que hizo creer a Fukuyama11 en el momento siguiente, antes de 2008, que el capitalismo podía operar perfectamente, en una eternidad posthistórica, sin crisis, sin regulaciones, sin contradicciones, sin agudización de las contradicciones y sin conflictos como los que actualmente desgarran la sociedad.

La realidad no deja de tropezar, acumulando actos fallidos, y es así como va traicionando la verdad y confirmando a Marx al tratar de refutarlo. Y, sin embargo, por más que falle, la misma realidad no deja de tener éxito. Después de todo, es la realidad, y, como tal, consigue engañar a los mayoritarios, a los que siguen confiando en ella por más que los defraude, a los que trabajan para perpetuarla en lugar de luchar para superarla. No debemos culparlos. Todo está hecho para que olvidemos eso verdadero de lo que Marx es el nombre, para que no lo sepamos, para que no lo seamos.

Marx, el futuro

Como ya lo notaba Derrida, todo “conjura” para “conjurar” al marxismo.12 Todo conspira contra nuestra identificación militante con Marx. Todo intenta desviarnos de lo que nuestra militancia marxista nos promete: la única “alternativa”, la única opción viable que puede “competir” con la del capitalismo, como bien lo ha señalado Badiou.13

Mientras que la devastación capitalista cierra el horizonte, lo que Marx nos ha legado sigue siendo la única salida. Es aún la única posibilidad para seguir adelante: el único futuro diferente del presente de muerte del capitalismo. El mismo Derrida, que ni siquiera era marxista, supo advertirnos que “no hay porvenir sin Marx”.14

Por fortuna para nosotros, Marx insiste y resiste a través y a pesar de una realidad en la que todo parece querer olvidarlo, todo nos da la impresión de configurarse para hundirlo en el pasado, todo es como un inmenso mecanismo defensivo globalizado contra él y contra su vigencia.15 Pero todo fracasa. Marx va siempre un paso por delante. Su verdad, como bien lo notó Lacan, se mantiene “siempre nueva”.16 Su novedad es la del futuro: el único posible. Aunque incesantemente se pretenda superar esta verdad, ella siempre se mantiene adelante, insuperable.

Referencias

1 Paul Federn, La société sans pères (1919), Figures de la psychanalyse, 7(2), 2002, 217-238. Alexander Mitscherlich, Vers une société sans père, París, PUF, 1969.

2 Henri De Man, Au-delà du marxisme (1926), París, Seuil, 1974.

3 Karl Marx, Brief von Karl Marx an Wilhelm Blos (1877), en http://www.zeno.org/Kulturgeschichte/I/blos285a

4 Ludwig Feuerbach, La esencia del cristianismo (1841), Madrid, Trotta, 2013

5 K. Marx y F. Engels, La ideología alemana (1846), Madrid, Trotta, 2014.

6 Ignacio Martín-Baró, Iglesia y revolución en El Salvador (1985), en Psicología de la liberación, Madrid, Trotta, 1998, p. 220.

7 Alain Badiou, La dernière révolution? (2001), en L’hypothèse communiste, Paris, Lignes, 2009, p. 124.

8 Herbert Marcuse, El hombre unidimensional (1964), Barcelona, Ariel, 2010, p. 142. Ver también: Razón y revolución (1941), Madrid, Alianza, 2003, pp. 311-320.

9 David Pavón-Cuéllar, Marx en el mundo, en la psicología y en el psicoanálisis, en https://davidpavoncuellar.wordpress.com/2018/05/05/marx-en-el-mundo-en-la-psicologia-y-en-el-psicoanalisis/

10 Jürgen Habermas, Ciencia y técnica como “ideología” (1968), Madrid, Tecnos, 2013, pp. 80-84.

11 Francis Fukuyama, The end of history and the last man (1992), Nueva York, Simon and Schuster, 2006, pp. 276-300

12 Jacques Derrida, Spectres de Marx, París, Galilée, 1993, p. 88.

13 Badiou, Qu’est-ce que j’entends par marxisme ? París, Éditions sociales, 2017, p. 70.

14 Derrida, op. cit., p. 36.

15 David Pavón-Cuéllar, Tokio y la eterna permanencia de la Revolución de Octubre. Crisis e Crítica 1(1), 2017, 43–53

16 Jacques Lacan, Propos sur la causalité psychique (1946), en Écrits I, París, Seuil, 1999, p. 192.

Entrevista para la Agencia Informativa del CONACYT: Violencia estructural generada por el capitalismo

Entrevista de Paloma Carreño Acuña a David Pavón-Cuéllar, publicada por la Agencia Informativa del Consejo Nacional de Ciencia y Tecnología (CONACYT) de México, el 6 de noviembre de 2018

Morelia, Michoacán. 6 de noviembre de 2018 (Agencia Informativa Conacyt).- El capitalismo no solo produce objetos, también produce a los sujetos que habrán de consumir esos objetos, implementando aparatos represivos, disciplinarios e ideológicos que violentan, someten y despersonalizan. Desde la psicología crítica se estudia la forma en que el capitalismo, sirviéndose de la especialidad científica y profesional psicológica, ha alterado y prostituido la subjetividad, afirma el doctor David Pavón Cuéllar.

Profesor investigador de la Facultad de Psicología de la Universidad Michoacana de San Nicolás de Hidalgo (UMSNH) y miembro del Sistema Nacional de Investigadores (SNI), ha publicado siete libros sobre sus estudios de la psicología crítica, el marxismo y su relación con el capitalismo.

«Para hablar de violencia hay que ubicarse en una situación en que se causa perjuicio, de modo intencional o no, a un grupo o a un individuo. Quien la ejerce puede ser un instrumento. Esto nos hace comprender que el responsable de la violencia no es necesariamente quien la ejerce».

El doctor señala que la psicología dominante ha caído en el error de psicologizar la violencia, dejando la responsabilidad exclusivamente en el individuo o en su entorno inmediato, partiendo de algunas emociones, encerrando las causas y los efectos en el psiquismo, la personalidad, la conducta o las interacciones personales.

«Aunque la violencia exista en los planos económico, social, cultural y político, los psicólogos la confinan al plano psicológico, reduciendo la violencia a una conducta individual».

El problema que observa es que la violencia se despolitiza cuando se le reduce al individuo. Es lo que genera que al hablarse de la opción de un joven por el crimen organizado se recurra a explicaciones como la ausencia de una figura paterna o las fallas en la educación que recibió de la madre.

«Se están pasando por alto factores que dan sentido a los fenómenos, como el desempleo, la pobreza, la falta de opciones para ciertas clases. Es muy probable que el padre ausente sea uno que no cumple con su responsabilidad paterna y que la madre no pueda educar a su hijo de la mejor manera porque debe trabajar dos turnos. Todo esto se explica por el patriarcado, por el capitalismo, que es el lugar en el que en serio se origina la violencia».

Afirma que existen otras corrientes de la psicología en las que la violencia no queda subsumida en lo conductual y en los perfiles de personalidad, donde se aborda críticamente desde lo extrapsicológico para no ignorar los factores sociopolíticos, culturales, estructurales.

«Nuestra personalidad y nuestra estructura psíquica se ven conformadas por el capital que las domina en el tiempo de trabajo y de producción, lo mismo que en el tiempo de consumo y de reproducción».

Violencia capitalista

Para el investigador, el capitalismo tradicionalmente ha operado a través de la violencia.

«El sistema capitalista no puede prescindir de la violencia porque su funcionamiento es un proceso que lo destruye todo al explotarlo para producir un excedente de dinero, una plusvalía, capital económico».

Es el caso de la vida que se transmuta en fuerza de trabajo, el mundo que se reduce a materia prima, las amistades que se convierten en contactos y ocasiones de negocios. Es así como se destruyen los lazos comunitarios, las formas de solidaridad que podrían inhibir el consumo, señala.

«En un alto nivel de abstracción, podemos decir que es un proceso que siempre transforma algo vivo en algo muerto, la vida misma en dinero, el mundo rebosante de vida en las cifras muertas de la finanza. Esto ya comporta la violencia en su sentido más radical, la muerte, que por más discreta o callada se está ejerciendo en todo momento».

Alude que la psicología ha sido utilizada como un instrumento del capitalismo para invisibilizar las formas de la violencia de las que se acompaña para avanzar. La violencia se atribuye a los sujetos, que son víctimas o simples ejecutores, y que son ellos mismos producidos por el capitalismo.

«El capitalismo no solo produce objetos, produce a los sujetos que habrán de consumir esos objetos: produce a los consumidores Este proceso lo realiza a través de la industria cultural, aparatos ideológicos, medios de comunicación masiva, la educación, formas de disciplina estudiados por Foucault. Y cuando esos medios no funcionan para producir al sujeto que se necesita es que se recurre a la psicología».

Es por eso que se pretende abordar el fenómeno renunciando a la ideología cientificista, empirista, objetivista e individualista de la psicología, señala que «tenemos necesidad de una teoría sobre la condición y la constitución del sujeto en el capitalismo. Necesitamos de una teoría que nos permita pensar en el sujeto sin objetivarlo ni como objeto de la psicología ni como simple expresión o porción de la estructura objetiva socioeconómica del capitalismo».

Violencia simbólica

«La violencia tiene que ver también con las formas simbólicas en que representamos a lo otro, desvalorizando, excluyendo, borrando. Haciendo así vulnerable a alguien o algo para que luego pueda ejercerse una violencia directa sobre él. Esta misma violencia directa puede confirmar y reafirmar la violencia simbólica y hacer que el sujeto se inhiba, se autoexcluya, se borre, se desvalorice, desatienda sus deseos, subestime sus capacidades, se resigne a su situación».

La fuerza de trabajo explotada por el capitalismo es también una fuerza para el ejercicio y reproducción de la violencia, es una forma de subjetivación que vincula interiormente al sujeto con el sistema.

Explica que esta vinculación ya es violenta en sí misma. Una de las principales formas de violencia es no considerar a la persona como la persona misma, en su valor intrínseco, sino como una mercancía, calculando lo que hay que pagar por ella y lo que puede ganarse con ella, su valor de cambio y su valor de uso para el sistema.

El valor de la persona no está en ella misma sino en lo que puede producir, se convierte en medio de enriquecimiento, tiene valor si se puede obtener algo de ella.

«Para venderse, la persona tiene que mutilarse, debe sacrificar partes de sí misma o descuidarlas hasta la extinción. Mutila su personalidad para quedarse solo con aquello que vaya a producir».

El doctor señala que en el capitalismo hay una prostitución de la subjetividad, donde lo más íntimo del sujeto se pierde o se vende. «No queda ya ninguna zona de la esfera subjetiva que se mantenga libre, intocable e impenetrable, y en la que podamos retraernos, distraernos y satisfacernos. Cada vez es más importante concentrarnos en la venta de nosotros mismos».

Ahora somos al mismo tiempo el objeto y la empresa que vende ese objeto, los publicistas, los vendedores, los que se alegran del éxito de venderse. Esto, afirma, es uno de los más grandes éxitos del neoliberalismo.

Cuando la violencia se hace estructura

La violencia trasciende al sujeto, lo atraviesa, y él solo puede asentir o resistirse, pero el costo de resistirse es alto. «El sujeto habita en el capitalismo con poca capacidad de maniobra, es la estructura la que tiene el poder».

El sujeto solo tiene la opción de adaptarse al entorno, es el sujeto el que debe cambiar aun cuando implique sacrificar partes de su persona. Lo mejor es ser como los demás. Lo mayoritario, lo adaptado a la mayoría, es lo sano. A ese fenómeno se le llama la normalización del sujeto: hacer que corresponda en su personalidad a la norma de lo que suele y debe ser.

«Todo lo que se encuentra fuera de la norma está patologizado. Se convence a la persona que lo más distintivo de ella, lo más singular, no es deseable, sino inadecuado, anormal».

Algunos ejemplos son la desobediencia, la hiperactividad, la conflictividad: actitudes estigmatizadas que corresponden a cuadros clínicos.

La enajenación

El doctor habla de la enajenación como una de las formas en que se representa la violencia capitalista.

«El capitalismo se apropia del trabajo vivo, enajenándolo del trabajador, y lo transforma en trabajo muerto, en capital, con el que puede seguir enajenando el trabajo del trabajador. Así, cuanto más trabaja el trabajador, cuanto más riqueza produce, más fortalece aquello que lo enajena, lo explota, lo empobrece.»

Señala que la enajenación es un proceso por el que uno deja de ser uno mismo, para ser lo otro o del otro.

«Sucede, finalmente, que lo enajenado no sea mi existencia, mi vida, sino mi persona, mi propio ser. Yo dejo de pertenecerme. No me poseo. Me siento poseído por otro, por mi pasión, por un demonio, por mi locura, por alguno de los roles que desempeño, por lo que debo ser, por las normas, por la cultura, por el sistema. Soy otro que el que soy. No me reconozco. Me siento y me vuelvo ajeno a mí mismo. Aparezco bajo una forma que me es ajena. Me siento enajenado. Estoy enajenado».

Señala que ese proceso se fortalece conforme aumenta el valor del mundo de las cosas sobre el mundo de lo humano, un postulado que planteó Carlos Marx.

«Producimos así nuestra miseria y nuestra desgracia con el mismo trabajo con el que intentamos escapar de nuestra miseria y de nuestra desgracia. Trabajamos en contra de nosotros, a pesar de nosotros, a costa de nosotros. En lugar de vivir para crearnos, vivimos para destruirnos: para crear algo que nos es tan ajeno que nos anula, nos excluye, nos reemplaza».

Ese es el efecto del trabajo productivo en el esquema del capitalismo, afirma que al no ser más que un momento del capital, el sujeto se enajena ciertamente como trabajador, pero también como ser humano. El sujeto no puede sino perder su humanidad al verse reducido a una simple función del sistema capitalista, la del trabajo vivo, pura mano de obra, pura labor automática, puro esfuerzo manual o muscular, como si fuera un animal de carga o una simple cosa, una pieza, engrane o circuito.

Esa ruptura no sucede solo consigo mismo, sino también con los otros, por lo que cada vez más se reducen las posibilidades de un vínculo comunitario.

«Cuando los seres humanos padecen la enajenación de sus trabajos, de sus productos y de su propia humanidad, pierden estas vías para vincularse estrechamente unos con otros. Ya no pueden expresarse y comunicarse entre sí ni a través de sus actividades, al aliarse y cooperar, ni mediante los resultados concretos de sus actividades, al compartir y enriquecerse mutuamente, ni en la esfera de su naturaleza humana compartida, en encuentros íntimos y significativos».

Pero ¿se puede dejar de estar enajenado? El doctor menciona en su último artículo que los seres humanos tan solo dejarían de estar enajenados cuando se reapropiaran como comunidad, como ente comunitario, de todo aquello en lo que ahora están enajenados: la cultura, la sociedad, la historia, la propiedad, el comercio, el dinero, el trabajo, el producto del trabajo, la sociedad y la humanidad misma.

¿Cómo se reproduce la violencia?

La violencia que investiga el doctor viene acompañada de una serie de valores culturales, normas, actitudes deseables, sistemas educativos, que favorecen el egoísmo y la competitividad, reproducen un perfil de personalidad individualizado y suponen que los fines justifican los medios.

«La reproducción del capitalismo y de su violencia son también la reproducción de un tipo de sujeto». Desde la psicología critica, que es su campo de estudio, se pregunta: «¿Qué pasa en el sujeto para que no deje de ver todo como un negocio y que no dude en valerse de la violencia para conseguir sus fines? Es la valoración del objeto, del dinero, del capital».

El método que ha utilizado es el análisis crítico del discurso. Sin embargo, menciona que su metodología no se distingue de la teoría. «La teoría es el método. Se trabaja con un dispositivo teórico».

¿Cómo ejercer la psicología en el capitalismo?

El doctor escribió una carta a sus alumnos sobre la paradoja de ejercer la psicología en el contexto de un sistema capitalista. Señalando que habrán de reforzar la idea de que el problema está en uno mismo, contribuyendo a las fuerzas que deshumanizan al individuo y lo someten a un orden que se escapa de su comprensión, que lo absorbe y condiciona.

«El problema está en la ansiedad e inseguridad que una siente y no en la violencia cotidiana que una sufre como mujer. El problema está en mi aprendizaje y no en lo aprendido, en mi trayectoria y no en la educación, en mi hiperactividad y no en la incapacidad de la sociedad para canalizar sin explotar mi fuerza vital. El problema está en mis delirios y no en la falta de lugar para ellos. El problema está en mi homosexualidad y no en la homofobia, en mi anorexia y no en la moda y en la publicidad, en mi baja autoestima y no en el racismo de la televisión que identifica la blancura con el éxito y la belleza. El problema está en mi depresión y no en mi desempleo, en mi resentimiento autodestructivo y no en los destructivos abusos de nuestros patrones y gobernantes, en mi timidez y no en mis años de miseria, en mi envidia y no en la desigualdad, en mi soledad y no en los embates neoliberales contra la comunidad, en mis fracasos y no en todo lo que me ha indicado que debo fracasar. El problema está en mi trastorno oposicionista desafiante y no en aquello que desafío y a lo que me opongo, en mi posición esquizoparanoide y no en el gobierno corrupto, en mi locus de control externo y no en el sistema que me oprime y que me explota».

Sin embargo, se abre la posibilidad de que algunos, en algún momento, entiendan que ese orden está desordenado y comiencen a ver el problema en las grandes causas y no en el individuo y entonces se puede habitar en la psicología crítica para ser responsables con las personas, la historia y la ciencia.

El marxismo del 68

Marx1968

Intervención presentada bajo el título «El 68 fue también marxista» como réplica para la conferencia «El 68 no fue marxista» de Patrick Llored, profesor de la Universidad de Lyon, el miércoles 31 de octubre de 2018, en el marco del Coloquio Internacional Movimientos Sociales: a 200 años de Marx y a 50 de los 68’s, realizado en la Facultad de Filosofía de la Universidad Michoacana de San Nicolás de Hidalgo.

David Pavón-Cuéllar

El 68 no fue sólo marxista

El 68 no fue sólo marxista. Fue también anarquista y feminista. Fue a veces más bien apolítico, hippie, psicodélico y roquero. Fue simplemente pacifista en sus protestas contra la Guerra de Vietnam o antirracista en el Movimiento por los Derechos Civiles en los Estados Unidos. Fue además espacio de gestación de los futuros movimientos ecologista y homosexual, así como también antecedente directo de la fiesta posmoderna y de su alegre actitud postmarxista o antimarxista. El antimarxismo, de hecho, ya se atisba en algunas trincheras de 1968.

Diversos grupos y movimientos del 68 se deslindaron del marxismo y a menudo lo criticaron y se opusieron a él. Algunas de las referencias y figuras emblemáticas del espíritu sesentayochero no eran marxistas. Es el caso, por ejemplo, de los anarquistas Noam Chomsky en Estados Unidos y Daniel Cohn-Bendit en Francia.

Es claro, pues, que el 68 no fue sólo marxista, sino que fue muchas cosas más, algunas de ellas totalmente diferentes del marxismo y a veces incluso diametralmente opuestas a él. Esto es incontestable.

El 68 fue también marxista

Ahora bien, aunque el 68 no fuera sólo marxista, esto no quiere decir, desde luego, que no fuera marxista. El 68 fue también marxista. El marxismo fue un elemento definitorio del espíritu sesentayochero. Fue tan definitorio que muchos testigos externos y enemigos del movimiento del 68, al igual que algunos de sus participantes, acabaron asimilándolo al marxismo. Tal asimilación resulta ciertamente simplificadora, pero también reveladora, pues nos deja ver la importancia que tuvo el elemento marxista en el espíritu sesentayochero.

El marxismo del 68 se puso de manifiesto en el peso que adquieren figuras como las de los propios Marx y Engels junto con los marxistas favoritos del movimiento: Rosa Luxemburgo y Trotsky, el Che Guevara y Fidel Castro, Mao Tse-Tung y Ho Chi Minh. Estos nombres no dejan de resonar en 1968. Sus rostros respectivos aparecen en todos lados, en mantas y pancartas, en panfletos o periódicos de organizaciones. Sus palabras no dejan de citarse, interpretarse y discutirse.

Un enorme número de sesentayocheros de todo el mundo se identifican a sí mismos y se reconocen o se distinguen unos de otros al presentarse como diferentes clases de marxistas. Muchos aún permanecen fieles a la Unión Soviética y son marxistas-leninistas de corte dogmático y tradicional, pero hay cada vez más que se distinguen de ellos y que los rebasan por la extrema izquierda. Están primeramente los marxistas libertarios anti-leninistas y espartaquistas-luxemburguianos. Al mismo tiempo, la revolución cultural china, que estalló en 1966, hace que se levante una ola de maoístas en todo el mundo. Hay también una extraña proliferación de trotskistas, así como cada vez más gramscianos y guevaristas. Estas diversas corrientes políticas del marxismo dan lugar a organizaciones ultraizquierdistas que se alían o rivalizan y que son protagonistas de muchos de los movimientos y acontecimientos de 1968.

El Mayo Francés, por ejemplo, será protagonizado principalmente por siete organizaciones marxistas de extrema izquierda, todas ellas rivales del más tradicional Partido Comunista Francés. En la trinchera trotskista están Voz Obrera y luego Lucha Obrera, la Federación de Estudiantes Revolucionarios, la Organización Comunista Internacionalista y principalmente la Juventud Comunista Revolucionaria, precedente de la famosa Liga Comunista Revolucionaria. El frente maoísta dispone de las Juventudes Comunistas Marxistas Leninistas y de su derivado, Izquierda Proletaria, vinculada con Louis Althusser. En cuanto al campo marxista libertario y antiautoritario, vinculado con los anarquistas y los situacionistas, cuenta con el fabuloso Movimiento del 22 de Marzo.

Las organizaciones tienen a veces líderes que son tan marxistas como ellas y que habrán de convertirse en íconos del espíritu del 68. Pensemos ahora, como ilustración, en el más conocido sesentayochero alemán, Rudi Dutschke, marxista gramsciano, pero también luxemburguiano y altamente influido por filósofos marxistas occidentales como Ernst Bloch y Marcuse, aunque también paradójicamente por Mao Tse-Tung. Es bajo inspiración maoísta, en efecto, que Dutschke forja su famosa noción de “larga marcha a través de las instituciones” con la que se refiere a una estrategia de infiltración y subversión de los espacios institucionales desde su interior para establecer las condiciones de la revolución.

El marxismo sesentayochero también se evidenció, pues, en los dirigentes marxistas carismáticos, figuras icónicas del 68, así como en la proliferación de grupos de corte marxista y en la forma en que tales grupos englobaron una fracción importante del movimiento estudiantil. Incluso al exterior de los espacios de militancia comunista y socialista, hubo una enorme difusión de Marx y del marxismo entre los jóvenes movilizados en todo el mundo. Lo mismo en Francia que en Alemania, Italia, Japón y México, observamos la generalizada representación de la realidad en términos de lucha de clases o de base y superestructura y el empleo masivo de los apelativos “capitalista” y “burgués” con propósitos insultantes o descalificadores. Todo esto nos permite apreciar un ambiente altamente impregnado por el marxismo. La impregnación es particularmente manifiesta en los ámbitos universitarios y académicos.

El elemento marxista del espíritu sesentayochero es también el de sus referentes intelectuales. Tenemos aquí un marxismo renovado, radicalizado y tan ramificado como el de las tendencias políticas de la época. Mencionemos al menos el marxismo estructuralista de Louis Althusser, el existencialista de Jean-Paul Sartre, el hegeliano de Georg Lukács, el frankfurtiano de Max Horkheimer, Theodor Adorno y especialmente Herbert Marcuse, el historiográfico británico de E. P. Thompson y Eric J. Hobsbawm, el humanista de Ernst Bloch, Erich Fromm, Karel Kosík, Lucien Goldmann y Roger Garaudy, el de la teoría de la dependencia de Celso Furtado, Theotonio Dos Santos, Andre Gunder Frank y Ruy Mauro Marini, los marxismos inclasificables de José Revueltas en México y Takaaki Yoshimoto en Japón. Los pensadores más influyentes del 68 fueron en su mayoría marxistas, quizás heterodoxamente marxistas, pero marxistas, indiscutiblemente marxistas.

El discutible marxismo del 68

Es verdad que también hubo en 1968 influyentes pensadores cuyo marxismo resulta discutible. Pensemos, por ejemplo, en el grupo marxista anti-dogmático Socialismo o Barbarie, particularmente en sus líderes y fundadores, Cornelius Castoriadis y Claude Lefort. Sabemos que ambos, después de haberse opuesto únicamente al marxismo-leninismo estalinista y soviético, tienden a distanciarse de cualquier perspectiva marxista en el curso de los años sesenta. Sin embargo, en la misma época, este distanciamiento del marxismo provoca la escisión de la facción de Pierre Souyri y Jean-François Lyotard, quienes permanecen fieles al marxismo y tendrán un papel importante en el movimiento del 68 en Francia, especialmente a través de la revista Pouvoir Ouvrier.

De cualquier modo, aun en el caso de Lefort y Castoriadis, el punto de partida y el impulso vital de su pensamiento, así como su fundamento y su marco de referencia, no dejan de ser profundamente marxistas. Es lo mismo que ocurre, aunque de modo aún más notorio, con Guy Debord, cabeza de una Internacional Situacionista que jugará un papel decisivo en el Mayo Francés. Nadie pondrá en duda que Debord funda sus ideas fabulosas en ideas muy precisas del propio Marx, en el proyecto original de Socialismo o Barbarie, en la crítica de la vida cotidiana del marxista humanista Henri Lefebvre, en el freudomarxismo surrealista y en la perspectiva marxista occidental de Georg Lukács y Karl Korsch. Todos estos materiales, aunque provenientes del marxismo, ya son de por sí relativamente incompatibles con el marxismo-leninismo, pero se articulan además de un modo tan original y con un estilo tan innovador y provocador que resultan desconcertantes y completamente irreconocibles para marxistas rígidos, convencionales y sensatos, por no decir tontos y aburridos, como los que predominan en las estructuras y dirigencias del Partido Comunista Francés (PCF) y de su tentáculo sindical, el de la Confederación General del Trabajo (CGT).

Los viejos comunistas franceses vieron a los situacionistas sesentayocheros con desprecio y desconfianza. No los tomaron en serio. No supieron aprender todo lo que habrían podido enseñarles. No pudieron encontrar en ellos más que ideología burguesa e izquierdismo anarquista. No fueron capaces de vislumbrar su marxismo tan auténtico y tan consecuente, aun cuando ahí estaba, no sólo presente, sino demasiado presente, desbordante, ampliado y profundizado, aunque ciertamente marcado por su orientación libertaria e imbricado con elementos anarquistas y con las ideas no-marxistas o para-marxistas de otros grandes exponentes del situacionismo, entre ellos el famoso Raoul Vaneigem.

Marxismo y anarquismo

El 68 consiguió liberar al marxismo de mucho de lo que impedía su reconciliación con el anarquismo. Esto fue posibilitado por la fuerza que adquieren marxismos libertarios, anti-dogmáticos y antiautoritarios, como el espartaquista-luxemburguiano, el consejista, el de Socialismo o Barbarie o el situacionista. Sin embargo, en el fundamento mismo de la opción por estos marxismos y de la reconciliación con el anarquismo, lo decisivo fue el espíritu mismo del 68, su carácter insumiso y subversivo que lo hace desafiar cualquier poder opresivo y desembarazarse de todo aquello que lo contrapone al anarquismo, como el burocratismo, el autoritarismo, el verticalismo, el vanguardismo y el despotismo que reinan lo mismo en los Partidos Comunistas que en la Unión Soviética y en otros países socialistas.

En cualquier caso, el eterno conflicto y malentendido entre marxistas y anarquistas, que viene desgastándolos desde el triste final de la Primera Internacional y que asegura la fatídica división del movimiento mundial anticapitalista, parece llegar a superarse entre algunos sesentayocheros. Esto provoca la incomprensión de los viejos patriarcas del comunismo y del anarquismo. Es algo que se aprecia muy bien en el Congreso Anarquista Internacional de Carrara, que se realiza entre el 31 de agosto y el 5 de septiembre de 1968 y en el que se crea la Internacional de Federaciones Anarquistas (IFA). Vemos oponerse entonces la tradicional posición antimarxista, representada principalmente por el viejo Maurice Joyeux, y la emergente postura pro-marxista, personificada por el joven sesentayochero Daniel Cohn-Bendit. La oposición entre estas dos posturas nos dice mucho de la relación entre el marxismo y el anarquismo en 1968 y merece que nos detengamos un momento en ella.

El viejo Joyeux se opone violentamente a cualquier alianza con la “podredumbre marxista” y acusa a los exponentes del marxismo libertario sesentayochero de “merodear en torno al movimiento libertario como putas en torno a los bares”. En respuesta, después de corear varias veces con sus compañeros “vive les putains!, ¡viva las putas!, ¡viva las putas!”, Cohn-Bendit expresa elocuentemente el espíritu sesentayochero cuando afirma: “hemos de abandonar el falso dilema anarquistas o marxistas y plantear el dilema: revolucionarios o no”, y continúa con firmeza: “el movimiento revolucionario tiene que basarse en la autogestión, en los consejos obreros, en el rechazo de la dirección, tanto si la ejerce un partido comunista como si lo hace una federación anarquista”.

Después de terminar su maravilloso discurso, Cohn-Bendit abandona la sala con su grupo de jóvenes, quienes corean ahora: “Vous êtes des anciens combattants!”, “¡Son ustedes unos viejos combatientes!”. Los viejos combatientes se quedan en la sala y el encargo de responder cae en otra anarquista de edad, ni más ni menos que la veterana y exministra de la República Española Federica Montseny, la cual, en tono condescendiente y casi materno, dice con respecto al discurso de Cohn-Bendit: “yo pensaba igual que él cuando tenía veinte o treinta años”.

El meollo del asunto es, pues, la brecha generacional. Quizás Montseny tenga razón. Hay algo en su generación que suele impedirle comprender a esos jóvenes del 68 que intentan ahondar en sus convicciones marxistas y anarquistas para superar sus diferencias y para cumplir así con sus propósitos. Esto es también el espíritu sesentayochero, el espíritu que muchos hemos perdido y cuya pérdida nos mantiene derrotados al mantener el conflicto estéril e interminable entre quienes van ocupando sucesivamente las posiciones de los viejos marxistas y de los viejos anarquistas, ya sean comunistas y libertarios, populistas y trotskistas o hasta morenistas y zapatistas. Unos y otros no dejan de tropezar entre sí, boicoteándose constantemente los unos a los otros, mientras el capitalismo va ganando terreno y anulando todas las conquistas pasadas.

Mucho de lo que sufrimos hoy en día proviene de la incomprensión del espíritu del 68. El espíritu, incomprendido, terminó derrotado por la misma incomprensión. Lo viejo triunfó sobre lo nuevo. El movimiento revolucionario fue neutralizado por el reflujo reaccionario. Este reflujo revistió muchas formas diferentes, pero todas ellas muestran una total incomprensión ante los diferentes aspectos del espíritu del 68, entre ellos su elemento marxista.

Marxismo y marxismo

La incapacidad para comprender no sólo afecta severamente a los viejos anarquistas de la época, sino también a los viejos marxistas. Ya mencionamos a los dinosaurios del Partido Comunista Francés que no fueron capaces ni siquiera de vislumbrar, al menos al principio, toda la radicalidad marxista de los jóvenes sesentayocheros, tanto los situacionistas como los ultraizquierdistas, los trotskistas, los maoístas y los anti-autoritarios luxemburguianos. Exactamente lo mismo ocurre en los Estados Unidos, en México y en Checoslovaquia. Detengámonos un momento en cada caso.

En el contexto estadounidense, los viejos comunistas van a tildar burlonamente de “groucho marxistas” a los yippies del Partido Internacional de la Juventud. Y sí, claro, es verdad que el marxismo de los yippies es discutible, por decir lo menos. Jerry Rubin, de hecho, está más próximo al anarquismo. Sin embargo, cuando lo escuchamos, a menudo sentimos que su discurso está mucho más cerca del marxismo, y sus héroes, no por casualidad, son Fidel Castro, Mao Tse-Tung y Ho Chih Min.

Por su parte, el otro yippie más famoso, Abbie Hoffman, se describe como un anarco-comunista, pero todo su pensamiento está bajo la influencia indirecta de Marx y directa de Marcuse, y, según él mismo dice, quiere combinar los estilos de Andy Warhol con Fidel Castro, lo que no está nada mal. Hay aquí nuevamente un impulso a transgredir, subvertir y unir lo aparentemente incompatible: un impulso que pudo llegar a ser liberador para el marxismo. Si esto no sucedió, fue por la disolución y recuperación del espíritu del 68, aunque también, insistamos, por la incomprensión en la misma izquierda.

Más al sur, en el contexto mexicano, hay también múltiples ejemplos de la misma incomprensión, pero me gustaría ceñirme a uno que nos relata Roger Bartra y que me parece particularmente significativo. El protagonista fue el viejo marxista Vicente Lombardo Toledano, quien siempre estuvo en la órbita del gobierno posrevolucionario, ya fuera como político del ala izquierdista del Partido Revolucionario Institucional (PRI) o como primer secretario general de la central sindical oficialista Confederación de Trabajadores de México (CTM) o como dirigente del paraestatal Partido Popular Socialista (PPS). El primero de octubre de 1968, exactamente un día antes de la matanza de Tlatelolco, Lombardo Toledano quiso reprender con severidad a los jóvenes marxistas sesentayocheros y los acusó de presentarse como “reformadores del marxismo para calumniarlo” y de abrir paso a una nueva izquierda “por un camino que no es el del marxismo-leninismo”. Quizás no fuera, en efecto, la vía leninista clásica, sino algo que Lenin habría juzgado un infantilismo de izquierda precisamente por insistir en el atajo y evitar cualquier tipo de rodeo.

Lo seguro es que el camino de los sesentayocheros no era la senda tortuosa que siguió Lombardo Toledano hasta la cima del poder. Pero esto no quiere decir que no fuera el camino del marxismo, aunque un camino tal vez efectivamente demasiado recto, demasiado consecuente, demasiado juvenil y hasta infantil para ser comprendido por el venerable anciano Lombardo Toledano, el cual, por cierto, falleció en el mes de noviembre de 1968, tan sólo unas semanas después de reprender a los jóvenes a los que masacraron en Tlatelolco y a los que no supo comprender. Tenemos aquí, una vez más, la incomprensión de un viejo ante el espíritu del 68 y su elemento marxista.

La vejez que le achaco al viejo Lombardo Toledano, lo mismo que al viejo Maurice Joyeux o a los viejos comunistas franceses y estadounidenses, no es evidentemente una vejez biológica, sino histórica, simbólica, ideológica. Es la vejez que nunca fue sufrida ni por Salvador Allende, el viejo joven, como él mismo se caracterizaba, ni por otros dos marxistas que supieron comprender muy bien el marxismo sesentayochero mexicano. Me refiero, desde luego, a Elí de Gortari y especialmente José Revueltas, los cuales, aunque bien cargados respectivamente con 50 y 54 años a cuestas, dieron prueba de una juventud que les hizo vibrar con el espíritu del 68 hasta pagar las consecuencias y terminar encarcelados en Lecumberri.

Hay alguien más a quien deseo referirme, ahora un checoslovaco, alguien que tampoco era precisamente joven de edad biológica, pero que fue históricamente joven al comprender muy bien el marxismo sesentayochero. Estoy pensando en Alexander Dubček, el principal artífice del 68 de Checoslovaquia, de la Primavera de Praga y del Socialismo con rostro humano. Los viejos marxistas checoslovacos y soviéticos acusaron a Dubček y a sus compañeros de no ser auténticos marxistas y de traicionar el marxismo. Lo cierto es que no podían evidenciar ni mayor autenticidad en sus convicciones marxistas ni mayor insistencia en su fidelidad al marxismo, como lo muestra claramente el Programa de acción de abril de 1968, en el que se resumen los principios de su propuesta de Socialismo con rostro humano.

¿Qué leemos en el mencionado Programa de acción? Leemos que “se estimulará el desarrollo del pensamiento marxista”, que “el concepto marxista-leninista del desarrollo del socialismo” debe ser “principio rector”, que “la gestión política” de este concepto es condición para “el correcto desarrollo de nuestra sociedad socialista” y que la “ciencia marxista” dará la fuerza que “permita preparar condiciones científicas responsables para tal programa”. Se insiste así una y otra vez en la profesión de fe marxista. Nada malo hasta aquí. El problema es que también leemos en el mismo programa que las “propias experiencias y el mismo conocimiento científico marxista” los han llevado a la conclusión de que su objetivo de plenitud personal y vital “no puede lograrse por viejos caminos, al usar medios que han sido métodos obsoletos y duros, que siempre nos están arrastrando”, y es por eso que deciden “abrirse camino a través de condiciones desconocidas, experimentar, darle un nuevo aspecto al desarrollo socialista”, incluso “profundizar el socialismo”, y siempre “apoyándose en un pensamiento marxista creativo”.

La creatividad es todo el problema del marxismo de los sesentayocheros de Checoslovaquia. Dubček y sus compañeros continúan siendo marxistas, auténticamente marxistas, insistentemente marxistas, apasionadamente marxistas, pero lo son de un modo creativo, innovador, nuevo, como sus compañeros de México, Francia y Estados Unidos, lo que les vale ser incomprendidos y finalmente invadidos por la Unión Soviética y por las demás naciones del Pacto de Varsovia. Esta vez la incomprensión del marxismo del 68 se traduce en tanques y metrallas. Mejor disparar en lugar de intentar comprender, lo que provoca la indignación de partidos comunistas como el italiano, el francés y el finlandés, y así termina preparando el terreno para el surgimiento del eurocomunismo no alineado con la Unión Soviética.

Entre la incomprensión y el reconocimiento del marxismo del 68

No fue solamente la Unión Soviética la que pagó muy cara la incomprensión del marxismo sesentayochero. Esta incomprensión, en realidad, ha sido costosa y perjudicial para todos los que se nutren de la herencia de Marx y de sus seguidores. Todos nos hemos quedado como paralizados y atrapados en el 68 y en sus consecuencias.

El inmenso legado marxista llegó en 1968 a una encrucijada histórica decisiva de la que dependía su destino: o se desviaba para volver atrás y para seguir dando vueltas, agotándose y quedando cada vez más atrás, o bien seguía siempre adelante, lo que le exigía renovarse, reinventarse, radicalizarse, o, según los términos de los compañeros checoslovacos, experimentar, profundizarse y abrirse camino a través de condiciones desconocidas. Este camino hacia adelante, el mismo elegido por los marxistas sesentayocheros de México y de todo el mundo, fue obstruido en Praga por los tanques soviéticos, así como fue también estorbado en otros países por el peso de las vetustas estructuras de partidos y dogmas comunistas, bien expresadas por las reconvenciones que Lombardo Toledano dirigió a los jóvenes mexicanos.

Los estorbos existen al interior de cada organización y de cada miembro. El movimiento del 68, mientras dura, se debate constantemente entre los dos caminos o entre el camino y el obstáculo, entre lo joven y lo viejo, entre los marxismos renovados y los anquilosados. Esto es muy claro en el caso de Japón, en donde vemos oscilar a los jóvenes entre las viejas sectas marxistas Zengakuren, dogmáticas y ritualistas, y los nuevos Consejos universitarios de lucha conjunta, los Zenkyoto, espacios únicos de libertad y creatividad. Como en otros contextos, la experiencia de los Zenkyoto es incomprendida y termina siendo estorbada y finalmente frustrada por las inercias de los Zengakuren.

El obstáculo de la incomprensión de los propios marxistas vino a sumarse a todos los demás obstáculos del mundo capitalista. Contribuyó así al repliegue de ese espíritu del 68 que pudo haberle permitido al marxismo dar un salto y seguir adelante. Ciertamente una parte de él continuó moviéndose a través de la noche neoliberal, posmoderna y ahora hipermoderna, pero se ha movido siempre titubeando, tambaleándose, trastabillando, cayendo y cojeando, sin poder aún recobrarse de sus múltiples caídas. Él mismo no deja de volver atrás y se retiene en el pasado y sigue tropezando con él mismo.

El avance del marxismo exige reconocer el marxismo sesentayochero. Este marxismo es aún irreconocible como tal, como un tipo de marxismo, para muchos marxistas. No lo comprenden. Es todavía demasiado nuevo, demasiado revolucionario, demasiado marxista, para los gustos marxistas mayoritarios de nuestra época. No hemos conseguido alcanzarlo. Aún estamos atrás, muy atrás del socialismo con rostro humano de Checoslovaquia, de aquello por lo que murieron los mártires de Tlatelolco, de los ideales de libertad profesados por los yippies y por los trostkistas, maoístas, espartaquistas y situacionistas del 68. Estos jóvenes marxistas eran demasiado jóvenes y nosotros ya somos demasiado viejos.

Tan sólo estaremos en condiciones de rejuvenecer, tan sólo podremos renovar y reactualizar lo que significa ser marxistas para nosotros, después de que hayamos reconocido el marxismo del 68, después de que hayamos tomado conciencia de todo aquello en lo que ese marxismo nos ha superado, es decir, todo aquello en lo que nos hemos ido rezagando. El signo de este rezago será precisamente su desconocimiento. Lo desconoceremos cuando ni siquiera veamos aquello con respecto a lo cual estamos rezagados, cuando no percibamos el marxismo en el 68, cuando no hayamos tomado conciencia de todo aquello que puede llegar a ser el marxismo sin dejar de ser lo que es.

Lo cierto es que el marxismo sigue siendo el marxismo que es al ser el del 68, al desafiar el marxismo-leninismo soviético, al ser maoísta y libertario, al ser feminista y yippie, al reconciliarse con el anarquismo, al convertirse en situacionismo y al profundizarse tanto como lo profundizaron los sesentayocheros. El espíritu del 68 nos muestra mucho de lo que puede llegar a ser el marxismo y que hoy en día nadie o casi nadie reconoce como algo marxista, quizás porque terminaron ganando los viejos, porque el movimiento reaccionario vino después del movimiento revolucionario y definió lo que habría de ser cada cosa, incluido el propio marxismo. Nos quedamos entonces únicamente con lo superado y trascendido por el espíritu sesentayochero. Perdimos así el marxismo del 68 para conservar tan sólo aquello marxista que lo precedió y contra lo que se rebeló.

Ahora suele creerse que el marxismo es tan sólo eso que envejeció y murió en la Unión Soviética. Se nos olvida que fue también aquello que pudo rejuvenecer en el 68 y que así consiguió sobreponerse a su vejez y a su muerte. La juventud y la vida misma del marxismo es lo que suele caer en el olvido.

Lo que dejamos de recordar, en otras palabras, es la capacidad que tiene el marxismo de transformarse a sí mismo para seguir constituyendo la principal amenaza práctico-teórica para el sistema capitalista y para sus dispositivos ideológicos, disciplinarios y represivos. Esto es lo que no debe saberse. Es también por el peligro de saberlo que no se nos permite reconocer el marxismo del 68. Reconocerlo sería ver mucho de lo que puede ser el marxismo además de lo que envejeció y murió en la Unión Soviética. Mejor no verlo e imaginar que lo superamos, que lo dejamos atrás, que podemos resignarnos a pensamientos mejor adaptados al capitalismo.

Bolsonaro y su verdad

Bolsonaro

Artículo publicado en Rebelión del 25 de octubre de 2018 y en la edición michoacana de Revolución 3.0 del 21 de octubre del mismo año

David Pavón-Cuéllar

¿Quién es Bolsonaro?

Jair Bolsonaro es un político brasileño de extrema derecha. Es un homófobo que promueve leyes contra la homosexualidad y prefiere a un hijo “muerto” que homosexual. Es también un machista que estima que el salario de las mujeres debe ser menor al de los hombres y que no duda en gritarle a una diputada que no la viola porque está “muy fea”.

Bolsonaro es un xenófobo que desea usar a las fuerzas armadas para “hacer frente” a los inmigrantes bolivianos, haitianos, senegaleses y sirios, a los que describe como “escoria del mundo”. Es, además, un racista que lamenta que “indios hediondos” posean territorios propios, anuncia que ya “no habrá un centímetro” de tierra para las comunidades indígenas y afrodescendientes, asegura que sus hijos no podrían enamorarse de una mujer de color porque “están bien educados” y afirma que los negros “no hacen nada” y que “ni para procreadores sirven ya”.

Bolsonaro es un ecocida potencial que promete “poner un punto final” a cualquier “activismo ambiental”, acabar con leyes e instituciones que frenan la deforestación del Amazonas y sacar a Brasil del Acuerdo de París para la reducción de las emisiones de gases de efecto invernadero. Es, en fin, un potencial tirano, apologista de la violencia, del asesinato y la tortura, que juzga la democracia como un sistema “de mierda”, expresa que sólo un gobierno militar podría conducir a un país “más próspero y sostenible”, ensalza la dictadura en Brasil como una época “gloriosa” de “orden y progreso”, considera que el único error de la dictadura fue “torturar y no matar”, piensa que Pinochet “debió haber matado a más gente” y que la policía brasileña “tendría que matar más”, advierte que va a “fusilar” a sus rivales políticos y amenaza con “dar un golpe” y “cerrar el Congreso”.

¿Un comediante?

El ultraderechista Bolsonaro representa, en suma, una estremecedora conjunción de racismo, xenofobia, machismo, homofobia, culto a la violencia, riesgo de tiranía y hasta amenaza de ecodicio. Todo esto, que basta y sobra para considerarlo un patente caso de neofascismo y un grave peligro para el mundo, se desprende claramente de sus declaraciones y promesas de campaña. Él mismo nos confiesa con franqueza lo que es. ¿Por qué dudaríamos de él?

Es verdad que Bolsonaro nos advirtió recientemente que es “un comediante” y que no se le debe “tomar en serio”. Concedamos que no hay que tomarlo en serio cuando nos dice que no hay que tomarlo en serio. Sin embargo, acatando su voluntad, el resto del tiempo sí que debemos escucharlo con seriedad. Se tiene que atender seriamente a lo que hace aun cuando parece estar jugando con sus presas.

El estilo humorístico de Bolsonaro es el mismo de Trump y de otros ultraderechistas. Les permite decir lo inadmisible y volverlo admisible al colorearlo de humor y al hacer como si no fuera de verdad. Como bien lo ha señalado el filósofo brasileño Vladimir Safatle al referirse al mismo Bolsonaro, “uno ironiza la violencia mientras destroza a todo el mundo, porque si se asumiera una ética de la convicción, nadie lo soportaría”.

Las ideas y su respaldo social

Soportamos lo que dice Bolsonaro porque lo reducimos a “chistes y frases imbéciles”, como lo hace otro filósofo brasileño, Gustavo Bertoche Guimarães, quien imagina que hay que escribir Mein Kampf para volverse tan peligroso como Hitler. Esta idea no debería tranquilizarnos por dos razones. Por un lado, como se ha visto en múltiples casos históricos, puede haber una división del trabajo por la que un intelectual como el ultraderechista Olavo de Carvalho se ocupe de Mein Kampf: de la elaboración y sistematización de lo personificado por un líder como Bolsonaro. Por otro lado, el peligro no está, de cualquier modo, en el hecho de elaborar y sistematizar las ideas, sino en las ideas mismas y en el apoyo que alcanzan a tener en la sociedad.

Por desgracia, en el caso de Bolsonaro, la peligrosidad se encuentra lo mismo en las convicciones extremas que en el enorme respaldo social. Este respaldo no es tan sólo, como supone igualmente Guimarães, “anticorrupción”, “antisistema” y “antiizquierda”. Es también claramente antidemocrático, anti-negro, anti-indígena y anti-homosexual, como puede comprobarse en los torrentes de opiniones racistas y homófobas de simpatizantes de Bolsonaro que circulan en periódicos y redes sociales, así como en la ola de agresiones de bolsonaristas contra personas de color y del colectivo LGBT, incluyendo asesinatos como el del maestro de capoeira Moa del Katendê, el 7 de octubre en Salvador de Bahia, o el de una mujer trans, al grito de “¡Bolsonaro sí!”, el 16 de octubre en el centro de Sao Paulo.

Hay un amplio sector de la sociedad brasileña que siente, piensa, ejecuta y realiza lo que Bolsonaro expresa en sus polémicas declaraciones. Digamos que la palabra de Bolsonaro no está vacía porque él no está solo, porque sus ideas no son únicamente suyas, porque las comparte con una muchedumbre de seguidores. Es también por esto que se trata de alguien tan peligroso al que debemos tomar tan en serio: porque no es ni un simple individuo aislado ni mucho menos un inofensivo comediante, sino el nombre y la cara de un inmenso movimiento neofascista que amenaza lo mismo a los negros que a los indígenas, las mujeres, los homosexuales e incluso al planeta mismo, al que se le pretende arrancar su pulmón amazónico.

Verdad y mentira de Bolsonaro

Es en el respaldo social en el que debemos buscar la verdad subyacente a lo manifestado por Bolsonaro. Esta verdad tendría que interesarnos más que la mentira con la que simultáneamente se encubre y se descubre. De nada sirve repetir que el discurso de Bolsonaro es tramposo y engañoso, que es el mejor ejemplo de posverdad, que se basa en puras fake news y manipulaciones de la realidad. Todo esto es innegable, pero no es lo importante.

Lo que importa no es que Bolsonaro mienta constantemente, lo que nadie sensato ignora, sino que logre persuadir con su mentira, lo cual, si no se quiere subestimar el criterio de quienes se dejan persuadir, tan sólo puede explicarse por la existencia de una verdad que esté revelándose a pesar y a través de la mentira. Esta verdad en la mentira es la que persuade, complace, apasiona y permite ganar elecciones. Es una verdad tan atrayente como la que se exterioriza en la ficción de las películas más taquilleras: las de vampiros que nos recuerdan lo que sufrimos ante el capital que nos acecha y absorbe nuestra vida, las de zombis en las que alcanzamos a vislumbrar nuestro comprensible terror ante aquello a lo que nos vemos reducidos en el capitalismo, las de catástrofes naturales planetarias en las que adivinamos nuestra ansiedad ante el destino del mundo imparablemente destruido por el sistema capitalista. En todos los casos, cumpliéndose la regla aristotélica de la catarsis dramática, las películas nos ofrecen la experiencia de lo que no podemos experimentar de otro modo, es decir, lo que nuestra condición enajenada e ideologizada nos impide conocer de una manera más crítica y racional que tal vez nos permitiría pensar en lo que experimentamos, cuestionar lo que deba cuestionarse y luchar contra lo que haya que luchar.

Las películas de Hollywood se valen de sus patrañas para neutralizarnos al tiempo que nos dejan ver profundas verdades relativas a nuestra experiencia. Es también por esto que son tan cautivadoras. De igual modo, si Bolsonaro puede llegar a ser tan seductor para un amplio sector de la sociedad brasileña, es porque algo verdadero le está confesando al mentirle sin parar. Lo que está confesando es algo que también puede verse en películas de Hollywood, algo inconfesable que la sociedad siente, algo vergonzoso que muchos brasileños nunca dejaron de experimentar, algo siniestro que reina secretamente en el mundo: la fascinación por la violencia, el desprecio del otro, el deseo de sumisión, la mezquindad y la ambición, las pulsiones de muerte y destrucción, el racismo y la xenofobia, la homofobia y el machismo.

Ideal realista

Entre las opiniones que expresan los bolsonaristas, hay múltiples variantes de un mismo argumento que suele dejar pasmados y desarmados a quienes pretenden refutarlo: aquello que nos asusta en Bolsonaro es lo mismo que se ha vivido en los últimos años, incluso en los gobiernos de izquierda, los del Partido del Trabajo, los de Lula y Dilma. En los últimos quince años, en efecto, no ha cesado todo lo que se teme de Bolsonaro: la destrucción de la selva amazónica, la violencia de la policía, los crímenes homofóbicos y transfóbicos, los feminicidios y otras formas de violencia machista y misógina contra las mujeres, el desprecio racista y neocolonial hacia indígenas y afrodescendientes. Es como si todo esto fuera inevitable y sólo Bolsonaro tuviera el valor y la franqueza de asumirlo como programa de gobierno. De ahí que se le prefiera. Sus seguidores menos insensatos argumentan de manera bastante convincente: mejor un cínico veraz que otro hipócrita demagógico y respetuoso de lo políticamente correcto.

Los votantes de Bolsonaro se consideran defraudados por los anteriores gobernantes y están seguros de que su nuevo candidato no los decepcionará. De algún modo tienen razón. Bolsonaro no podría llegar a decepcionarlos porque sólo sabe prometerles el racismo, la xenofobia, el machismo, la homofobia, la violencia, el ecocidio y todo lo demás que ya existe a su alrededor.

Lo existente es, paradójicamente, aquello a lo que aspira Bolsonaro. Lo más lejos a lo que puede llegar su deseo es a la acentuación, intensificación, agravación y aceleración de lo que sucede y nos rodea, pero no a su transformación. ¿Por qué habría que transformar lo que acontece día tras día? Tan sólo hay que darle rienda suelta. Éste es el único ideal bolsonarista: más de lo mismo, es decir, más violencia, más desprecio, más destrucción de la naturaleza, más de todo lo que ya hay. Estamos aquí ante un extraño conformismo extremista que adhiere fanáticamente a la realidad.

Neofascismo como síntoma del neoliberalismo

El ideal bolsonarista coincide misteriosamente con el mundo real. Es una opción idealista por una realidad que no es otra que la que todos ya padecemos, la del sistema capitalista violento y ecocida, neoliberal y neocolonial, patriarcal y heteronormativo. Las opciones de este capitalismo son las de Bolsonaro, pero lo son desvergonzadamente, cínicamente, pues el rasgo característico de la ultraderecha, tanto fascista como neofascista, es revelar de modo sintomático la verdad propia del capital que suele disimularse tanto en el viejo liberalismo como en el neoliberalismo.

Lo que neoliberales como Temer, Duque, Macri, Piñera o Peña Nieto disimulan es lo que se revela sintomáticamente en el neofascista Bolsonaro, el cual, por lo mismo, cuenta con el apoyo incondicional de la oligarquía brasileña. Los dueños del dinero escuchan el susurro más íntimo de sus corazones en las invectivas de Bolsonaro. Como ya intenté demostrarlo en el caso de Trump, si el neofascismo es el retorno de lo políticamente incorrecto, es porque representa, como el síntoma en Freud, un retorno de lo reprimido: una reaparición de lo disimulado en el neoliberalismo, de su verdad secreta, de lo encubierto por lo políticamente correcto. El discurso neofascista pone de manifiesto el retorno de aquello que, aunque reprimido, siempre estuvo ahí en el capitalismo neoliberal y en su funcionamiento violento, destructor, mortífero, ecocida, etc.

El capital, por ejemplo, como lo han demostrado Marx y sus seguidores, no puede operar sin destruir y sin matar, sin convertir lo vivo en algo muerto, la naturaleza orgánica y la fuerza humana de trabajo en más y más dinero inorgánico e inanimado. Es de esta muerte, de esta conversión de lo vivo en lo muerto, de la que vive paradójicamente el sistema capitalista. Es aquí en donde estriba su verdad inconfesable que sólo se revela sintomáticamente con los fascistas y los neofascistas, con Millán Astray y la consigna franquista de “¡Viva la muerte!” o con la insistencia patológica de Bolsonaro en que Pinochet debió matar más, la dictadura brasileña debió matar más, la policía debería matar más, etc. Esta máxima de matar más, como la de acabar aún más rápido con el pulmón amazónico del que todos respiramos y vivimos, no es más que la sincera proclamación del imperativo categórico del vampiro del capital, el imperativo de consumir cada vez más vida para producir más y más muerte, un imperativo escandaloso que suele ser bien disimulado en los discursos políticamente correctos de los dirigentes neoliberales.

El capitalismo y su exceso neofascista

Para hacer consciente la verdad inconsciente del capitalismo, requerimos del fascismo, así como ahora es necesario el discurso neofascista de alguien como Bolsonaro para tomar conciencia de la verdad latente del sistema capitalista en su fase neoliberal. Quizás debiéramos estar agradecidos con el programa destructivo de Bolsonaro porque vuelve manifiesto lo que subyace a los discursos demagógicos del neoliberalismo que pretenden proteger lo que destruyen. Sin embargo, si Bolsonaro consigue delatar así a los neoliberales, no es tanto por afán de veracidad, sino más bien, como ya lo señalamos, por su funesto propósito de acentuar y acelerar la destrucción capitalista.

Es por su aspecto excesivo que el síntoma fascista nos descubre su fondo capitalista liberal y ahora neoliberal, anárquico y destructivo, lo que ya fue comprendido muy bien por Franz Neumann, hace más de medio siglo, y lo que han venido a confirmar Trump, Viktor Orban, Geert Wilders y otros ultraderechistas neoliberales. El último de ellos es Bolsonaro, el cual, llegando aún más lejos que los demás, nos ofrece una versión todavía más impúdica del neofascismo y además entronca directamente con cinco siglos de historia latinoamericana de la infamia capitalista en sus fases mercantil-colonial, industrial-imperialista y ahora financiera-imperial-neocolonial. El rostro de Bolsonaro nos resulta ya bastante conocido en América Latina: es un viejo rostro de conquistador, encomendero, cacique, terrateniente, hacendado, tirano, dictador, torturador, paramilitar, militar asesino, delincuente uniformado o de cuello blanco, gobernante corrupto y vendepatria, patrón insaciable y empresario sin escrúpulos.

Bolsonaro es la síntesis de todo lo que ha impedido que América Latina levante el vuelo. Es lo que no ha dejado que seamos lo que podemos llegar a ser. Es lo que nos ha puesto a disposición del mejor postor, lo que nos ha traicionado, lo que nos ha vendido, lo que nos ha saqueado y explotado, lo que nos ha discriminado y segregado, lo que nos ha despreciado, humillado, prostituido, violado, torturado, asesinado y desaparecido.

La vida contra la muerte

Si Bolsonaro es todo lo que es en el contexto latinoamericano, lo es al personificar el capital que está realizando la destrucción tanto de la naturaleza con sus especies diversas como de la humanidad en toda su diversidad racial, cultural y sexual. Este doble proceso destructor es el revelado por Bolsonaro. Al revelárnoslo, nos enseña ciertamente lo que el sistema capitalista es para nosotros, pero también, derivativamente, lo que somos nosotros para el capitalismo.

Aprendemos lo que somos para el capital en el sincero discurso de Bolsonaro. Sus palabras nos hacen reconocernos como las víctimas de lo que delatan. El capitalismo no aparece aquí sin mostrar lo que destruye. Nos descubre así a nosotros: mujeres, afrodescendientes, indígenas, homosexuales, extranjeros y extranjeras, simplemente humanos, pero también animales y vegetales, ya que si los árboles y los monos y las demás especies del amazonas y del resto del mundo pudieran votar, lo harían seguramente contra el capitalismo y contra Bolsonaro, es decir, contra lo que amenaza con aniquilarlos.

Amenazándonos abiertamente a todos nosotros, Bolsonaro nos recuerda la vida que nos une ante el impulso mortífero del capital que habla sin ambages por su boca. El portavoz, obsesionado con matar, nos enseña lo que nos quiere quitar, lo que somos, lo que nos hermana. Es así como puede hacer brotar nuestra conciencia de clase en su más alto nivel de universalidad, el de la conciencia de los vivos, conciencia contra la pulsión de muerte que será siempre la definitoria, no sólo manifiestamente de la ultraderecha, sino latentemente del capitalismo en general. Ante la devastación capitalista de todo lo vivo, es urgente que la izquierda consecuente, la anticapitalista, supere sus divisiones y recuerde el fundamento de su comunismo, lo que tenemos en común, la propia vida. Somos la vida en toda su incontrolable diversidad interna de sexos, culturas, colores y especies. Esta vida que somos es la amenazada por Bolsonaro, pero también por el capital y el capitalismo a los que desenmascara en su discurso. Aprendamos de este desenmascaramiento para identificar a nuestros enemigos y de paso para identificarnos a nosotros mismos.

Jair Bolsonaro en Brasil: humillación y amenaza para toda la humanidad

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Artículo publicado en la edición michoacana de Revolución 3.0 el 7 de octubre de 2018

David Pavón-Cuéllar

Jair Bolsonaro, militar y político brasileño situado en la extrema derecha del espectro político, podría convertirse en el próximo presidente de Brasil. Esto debe preocuparnos a todos en el mundo y especialmente en Latinoamérica. La victoria de Bolsonaro no es la de un candidato como cualquier otro.

Para empezar, Bolsonaro no cree en el Estado laico. Proclama que “el Estado es cristiano” y que “la minoría que está en contra” debe “cambiar”. Desde su punto de vista, “las minorías tienen que inclinarse hacia las mayorías”.

La apuesta de Bolsonaro por las mayorías no le impide juzgar la democracia como un sistema político “de mierda”. Ya prometió en el pasado que, si fuera presidente de Brasil, “el mismo día cerraría el Congreso y daría un golpe”. Tiene la convicción de que sólo un gobierno militar podría conducir a un país “más próspero y sostenible”. Describe los tiempos de la dictadura en Brasil como una época “gloriosa”, como “20 años de orden y progreso”.

El único error del régimen dictatorial brasileño, según Bolsonaro, fue “torturar y no matar”. Desde luego que hubo asesinados, al menos 421 entre 1964 y 1985, pero fueron aparentemente pocos. Fue el mismo problema en Chile. Sin duda el dictador chileno Aungusto Pinochet se las arregló para provocar miles de muertes. Sin embargo, según Bolsonaro, “debió haber matado a más gente”.

Aunque prefiera matar que torturar, Bolsonaro no duda en declararse “favorable a la tortura”. Su voto por la destitución de la presidenta Dilma Rousseff, torturada en tiempos de la dictadura, lo dedicó a un torturador, a quien llamó “el pavor de Dilma”, el coronel Carlos Alberto Brilhante Ustra, responsable de centenares de torturas y de al menos 45 asesinatos y desapariciones forzadas.

Es verdad que Bolsonaro muestra cierta inquietud ante los altos índices de crímenes violentos en Brasil, pero estima que “la violencia debe combatirse con violencia y no con banderas de derechos humanos” como las defendidas por los integrantes de Amnistía Internacional, a quienes caracteriza, por cierto, como “canallas” e “idiotas”. Promete que, si gana las elecciones, “todo ciudadano va a tener un arma de fuego dentro de casa”. Cuando se entera de que la policía brasileña es la que más asesina en el mundo, simplemente declara que “tendría que matar más”.

Bolsonaro es abiertamente violento. Ante sus seguidores, en un reciente acto de campaña, empuñó un trípode como si fuera un arma y clamó que iba a “fusilar” a todos los militantes del Partido del Trabajo (PT). Tal vez fuera una extraña broma. De cualquier modo se entiende la preocupación de los militantes brasileños de izquierda, pero no sólo de ellos. Hay otras víctimas potenciales del político ultraderechista.

Bolsonaro quiere a las fuerzas armadas “en las calles” para “hacer frente” a los haitianos, bolivianos, senegaleses y sirios, a los que describe como “la escoria del mundo”. También lamenta que “indios hediondos, no educados”, posean tierras en Brasil. Promete que les arrebatará sus tierras comunitarias a los pueblos originarios y también a los afrodescendientes. Si es elegido presidente en 2018, según sus promesas, “no va a haber un centímetro demarcado para reserva indígena o para quilombola (comunidad con mayoría negra)”.

Bolsonaro es racista. No disimula su desprecio hacia los negros. Dice que no trabajan, que “no hacen nada”, y agrega: “creo que ni para procreadores sirven ya”. Cuando se le pregunta qué haría si uno de sus hijos terminara enamorándose de una mujer de color, tan sólo responde que “eso no ocurriría porque sus hijos están bien educados”.

Bolsonaro se preocupa mucho por el destino de sus hijos en un mundo en el que hay mujeres afrodescendientes y hombres homosexuales. Ha confesado que “prefería ver morir en un accidente” a uno de sus hijos que “encontrarlo con un bigotudo”. Alguna vez admitió que “sería incapaz de amar a un hijo homosexual”.

De manera consecuente, Bolsonaro ha impulsado leyes para criminalizar la homosexualidad. También ha justificado castigos corporales contra los homosexuales. Recientemente afirmó: “si veo a dos hombres besándose en la calle, los voy a golpear”.

El problema no es tan sólo con la homosexualidad, sino también con el sexo femenino. Bolsonaro piensa que fue por “debilidad” que tuvo a una hija y no a puros hijos varones. También considera que no es justo que mujeres y hombres reciban el mismo salario. ¡Las mujeres tendrían que ganar menos! ¿Por qué? Porque puede suceder que se embaracen, lo cual, desde luego, afecta las ganancias de quienes las contratan. Estas mujeres… Una de ellas, diputada, acusó a Bolsonaro de promover la violación. Él repuso que “no la violaría” porque “estaba muy fea” y “no lo merecía”.

Violación, misoginia, homofobia, racismo, violencia, tortura, muerte y dictadura. He aquí la exitosa fórmula de la ultraderecha por la que millones de brasileños están votando. No sólo es un ultraje a la memoria de las víctimas de las dictaduras latinoamericanas y de las olas de feminicidios y de crímenes de odio racista y homofóbico. Es también una humillación y una amenaza, dentro y fuera de Brasil, para los pacifistas, los demócratas, los militantes de izquierda, las mujeres, los homosexuales, los afrodescendientes, los pueblos originarios, los mestizos con sangre indígena y todos los demás que no correspondemos al modelo de macho blanco heterosexual, violento y potencialmente violador, que está por ganar las elecciones del país más grande y poblado en América Latina.

Resulta muy significativo que Bolsonaro, humillándonos y amenazándonos a todos, sea el candidato favorito del dinero, de la finanza, de las empresas y de las clases pudientes de Brasil. Es así como se confirma una vez más que el capital quiere lo contrario de lo que desea nuestra humanidad en toda su diversidad sexual, social y cultural. Somos lo que el capitalismo intenta destruir. Esto es lo que la ultraderecha nos ha revelado una y otra vez. No hay que olvidarlo.

Marx y la filosofía en Lacan: de la sustracción de saber al retorno revolucionario de lo reprimido

Lacan

Conferencia organizada por el Movimiento Freudomarxista en el Instituto de Investigaciones Sociales de la Universidad Autónoma de Nuevo León, Monterrey, Nuevo León, el viernes 28 de septiembre de 2018

David Pavón-Cuéllar

Aunque haya muerto hace casi cuarenta años, el psicoanalista francés Jacques Lacan es una de las principales referencias de la filosofía contemporánea. Obras como las de Ernesto Laclau, Alain Badiou y Slavoj Žižek, por mencionar a los más conocidos, no pueden entenderse al hacer abstracción de su profunda inspiración lacaniana. Lacan ha terminado convirtiéndose, por las obras de sus seguidores y por la suya propia, en uno de los autores insoslayables en el más actual pensamiento filosófico.

El detalle interesante es que Lacan, psiquiatra y psicoanalista, no era un filósofo. No lo era ni quería serlo. Su opinión sobre la filosofía, de hecho, no era nada buena. La filosofía, para Lacan, existiría para enmascarar una pérdida, serviría al poder, se articularía como un discurso del amo, sería campo de experimentación para la estafa que lo atraviesa todo en la cultura, estaría acabada, se habría convertido en un oficio universitario, tan mezquino e intrascendente como cualquier otro, y en sus enseñanzas, historias y catálogos de autores no quedaría ya ningún lugar para la dimensión de la verdad.

Con semejantes ideas acerca de la filosofía, entendemos que Lacan se presente como antifilósofo. Su antifilosofía, sin embargo, no es una a-filosofía. No consiste simplemente en excluir, descartar o ignorar la filosofía, sino en tomarla en serio y conocerla tan bien como es necesario para invertirla, ser lo opuesto de ella, deshacer lo que ella hace, contrariarla y lidiar con ella, entrar en conflicto con ella. Lacan lo dice claramente: hay que “pelearse” con las filosofías y no dejarlas de lado, no ignorarlas por considerarlas simples ideologías sin “interés” intrínseco alguno, como harían algunos marxistas.

Aunque Lacan reconozca el carácter ideológico de la filosofía y afirme incluso que “los filósofos están ahí para ser regañados en lugar de sus amos”, no considerará por ello que la filosofía esté desprovista de “interés” en sí misma. Uno de los principales intereses de la filosofía para Lacan, por cierto, radica en la forma en que está ideológicamente subordinada al poder. En lugar de simplemente denunciar esta subordinación, Lacan la examina históricamente y postula una tesis en la que lo vemos coincidir con Marx.

La tesis de Lacan es fácil y contundente: “la filosofía, en su larga historia, sería un empresa en beneficio del amo”. La empresa consistiría en “sustraer el saber del esclavo”, saber-hacer empírico, y convertirlo en un “saber de amo”, saber científico, depurado, legitimado epistemológicamente y conseguido a través de un largo proceso de formalización, abstracción y universalización. Esta conversión quedaría evidenciada en la famosa escena del Menón de Platón en la que Sócrates cree verificar su teoría de la reminiscencia al mostrar cómo un esclavo de algún modo recuerda ciertos principios básicos de la geometría. En realidad, para Lacan, al igual que para Husserl, no es que se recuerden conceptos geométricos al enfrentarse como esclavo a problemas concretos de la vida cotidiana, sino que la geometría surge del enfrentamiento del esclavo con estos problemas concretos. El saber empírico y práctico del artesano, campesino y curandero, está en el origen del saber científico y teórico del físico, biólogo y médico o psicólogo.

Lo acaparado por la universidad y por quienes tienen acceso a la universidad procede siempre del mundo exterior del trabajo y de las prácticas materiales concretas. Es desde el exterior desde el que se ha transferido todo el saber que se cultiva en el interior de la ciencia y de la universidad. La transferencia de saber a este interior es para Lacan la principal función de la filosofía. La función consiste, pues, en desplazar el saber de los esclavos a los amos, pero también, de modo más radical, en transformar el saber de esclavo en un saber de amo, saber intelectualizado, formalizado, liberado ya de su origen humilde, vergonzoso, en el trabajo manual. El correlato es la proletarización moderna del esclavo sin saber: la aparición del trabajador moderno, el cual, a diferencia del viejo artesano, sólo puede vender su fuerza de trabajo, pues carece de cualquier pericia, de cualquier habilidad o saber-hacer, ya que todo su saber se ha transferido a la universidad, a los ingenieros y de ahí a las máquinas diseñadas por los ingenieros, que son las que saben hacer todo lo que el proletario ignora.

A diferencia del esclavo antiguo, el esclavo moderno, el proletario, es un trabajador al que se le despoja de todo, incluso de su propio saber. Su despojo, posibilitado por la filosofía, es descrito por Lacan, significativamente, con el término freudiano de “represión”. Así como un deseo es reprimido en una histérica tratada por Freud, así el saber se reprime en proletarios como aquellos de los que se ocupa Marx. Esta diferenciación entre las dos modalidades represivas podría explicarse por la división del trabajo: las clases dominantes, que monopolizan el trabajo intelectual, deben reprimir lo corporal y pulsional, mientras que las clases dominadas, condenadas al trabajo manual, sufren la represión del saber como elemento intelectual.

Ahora bien, así como Freud representa un retorno sintomático de la sexualidad reprimida en la burguesía, así Marx constituye, para Lacan, un retorno del saber que habría sido reprimido en los trabajadores. El proceso represivo que operó durante varios siglos, que fue posibilitado por la filosofía y que dio lugar a las diferentes ciencias que se estudian en la universidad, encuentra en Marx una reacción, un contragolpe decisivo, que amenaza con deshacer todo lo que se ha ido elaborando con grandes esfuerzos. Marx, para Lacan, es el retorno de lo trabajosamente “reprimido” por la filosofía durante varios siglos de existencia. Es como si el trabajo de los filósofos quedara neutralizado, revertido, por Marx y por el movimiento revolucionario impulsado en el marxismo.

En clave hegeliana y en los términos del propio Lacan, el “acto político” de Marx viene a desmontar las “astucias de la razón” con las que la filosofía triunfaba hasta Hegel. Es así como Lacan pone a Marx al final de la filosofía. Marx sería este final. Lo que viene después, la “reinterrogación” del acto político de Marx por el “acto psicoanalítico” de Freud, ya no es precisamente filosófico. ¿Significa esto que Lacan esté negando la existencia de la filosofía como filosofía durante los últimos dos siglos? Más bien da la impresión de considerar que una primera filosofía, la represora del saber del esclavo, debió terminar con Marx y con su retorno de lo reprimido, mientras que la siguiente filosofía, sea lo que fuere, tendría que pasar por Marx, por Freud y por él mismo.

En otras palabras, Marx sería el final de una filosofía y no de la filosofía en general y en absoluto. Lacan, por cierto, se burla de la noción de un “fin de la filosofía”, comentando que la filosofía “no ha hecho sino eso”, llegar a su fin, lo que no le impide nunca seguir adelante. La filosofía podría continuarse incluso a través de su neutralización y de las diferentes formas de antifilosofía. Después de todo, Lacan tiene la convicción de “hacer” él mismo filosofía, así como también describe a Marx como un filósofo, el único filósofo con sentido del “humor” después de Hegel, y no duda en insertar a Freud en una tradición filosófica de cuestionamiento de “la relación con el saber”: inserción que trasciende su época y que lo protegería contra una crítica marxista de sus concepciones ideológicas burguesas.

Como vemos, la filosofía no es denunciada en bloque por Lacan. Lo que Lacan denuncia, además de algunas prácticas filosóficas puntuales, es la filosofía que sirve al poder, la que lo racionaliza y lo justifica, la que pone el saber al servicio del poder, la que separa el saber del trabajo y de los trabajadores, la que así prepara el terreno para el surgimiento de las especialidades científicas y su enseñanza universitaria. La filosofía denunciada es, según los términos del propio Lacan, la que provee al amo del “apoyo de la ciencia”. Esta filosofía es una manifestación del discurso del amo. Es un particular ejercicio de poder que termina desembocando en el discurso universitario, el moderno discurso del amo, el del despotismo ilustrado y las actuales tecnocracias, el del neoliberalismo con su concentración de poder en los centros de gestión y administración. Esta entronización del saber y de sus poseedores, los profesionistas, es el resultado final de una evolución en la que la filosofía jugó un rol decisivo al depurar el saber y disociarlo del trabajo de tal modo que pudiera circular y ser poseído por sujetos diferentes de los trabajadores. Es así como el amo pudo recobrar la cultura que había dejado en manos del esclavo en Hegel. Y, desde entonces, la cultura ya no fue de quien la trabajara.

Ya no hay que esclavizarse para saber. La cultura se vuelve un asunto de amos. Es otro de los privilegios de la clase dominante. El saber deja de ser trabajoso y se torna fácil, accesible, siempre disponible, instantáneo. Desde luego que hay algo que se pierde en esta mutación, pero ganamos la universidad. La desconfianza de Lacan hacia el ámbito universitario es correlativa de su recelo hacia una filosofía que se encuentra en el origen de la evolución que desemboca en la universidad.

El proceso filosófico y su resultado universitario son también para Lacan aquello contra lo que se vuelven críticamente los discursos de Marx y Freud. Si estos discursos consiguen resistir siempre en cierto grado a su traducción a la filosofía y a su transmisión en la universidad, es precisamente porque aparecen como el retorno sintomático de lo reprimido en los textos filosóficos y en las aulas universitarias. La filosofía y la universidad no consiguen pensar y transmitir ciertos discursos, como los de Marx y Freud y sus seguidores más consecuentes, sin reprimirlos de las más diversas formas, al racionalizarlos, al dilucidarlos, al hacerlos comprensibles, al disolverlos en el sentido común, al acomodarlos en el saber, al convertirlos en su propio semblante, al ponerlos en su lugar en una historia de las ideas, al insertarlos en lo mismo que subvierten.

Es imposible preservar las herencias de Marx y Freud en la filosofía y en la universidad. Y, sin embargo, aquí estamos, filósofos y universitarios, hablando sobre marxismo y psicoanálisis. Los síntomas resisten, subsisten, quizás porque sólo ellos pueden expresar lo que no deja de insistir a través de ellos, aunque tal vez también porque el retorno de lo reprimido reproduce la represión y por eso mismo nunca se consuma.

Lo seguro es que la revelación de la verdad, tal como se realiza en el marxismo y en el psicoanálisis, permanece a medias y en suspenso cuando intentamos abstraerla o reproducirla de modo experimental, con fines especulativos y didácticos, en el ámbito filosófico y universitario. Aquí, en cierto modo, la revolución fracasa, pero su fracaso la vuelve permanente y así asegura su victoria. El círculo revolucionario se mantiene abierto, en espiral, sin regresar al punto de partida.

Ni la universidad ni la filosofía consiguen absorber el marxismo y el psicoanálisis. La verdad es algo que se vive y sufre, que hace tropezar y por lo que se lucha, que insiste y sorprende, que perturba y que se presiente, pero que no puede saberse ni tampoco enseñarse o elucubrarse ni mucho menos estudiarse y aprenderse. Es por esto que es y sigue siendo la verdad.

Marx y Freud en Lacan: del embrollo inextricable a la perfecta compatibilidad

Escher

Conferencia organizada por el Movimiento Freudomarxista en la Facultad de Psicología de la Universidad Autónoma de Nuevo León (UANL), en Monterrey, el jueves 27 de septiembre de 2018

David Pavón-Cuéllar

Jacques Lacan parece haber sido alguien políticamente conservador. Lo seguro es que no era comunista y ni siquiera socialista. Se burló repetidamente de los intelectuales marxistas y de los militantes de izquierda. En su juventud se presentó a sí mismo como partidario de la monarquía y participó en reuniones de una organización de extrema derecha, Action française. Años después, en plena madurez, admitió que votaba por De Gaulle, a la derecha.

Aunque más bien derechista y hostil hacia el marxismo, Lacan mostró siempre un gran interés y una admiración casi fervorosa por Marx. No dejó de leerlo y evocarlo con pasión. Es verdad que lo criticó algunas veces, pero fueron más las veces en que le reconoció grandes méritos, aciertos y descubrimientos. Además profundizó en muchas de sus ideas y lo utilizó una y otra vez en su interpretación del pensamiento freudiano.

Marx no deja de encontrarse con Freud en los escritos y en la enseñanza oral de Lacan. Los encuentros son tan frecuentes como consistentes, profundos y significativos, y a veces dan lugar a estrechas relaciones que organizan interiormente la teoría lacaniana. Sin embargo, por más que Lacan invoque a Marx, es claro que no le da el mismo lugar que a Freud. No adopta su perspectiva. No se considera un seguidor suyo.

Lacan sigue a Freud. Es a él a quien adhiere. Se ve a sí mismo como un freudiano y no como un marxista y mucho menos como un freudomarxista. Su opinión sobre el freudomarxismo, por lo demás, no es nada positiva. Lo describe, según sus propios términos, como un enredo inextricable, como un “embrouille sans issue”, como un “embrollo sin salida” o “sin solución”.

Lo embrollado en el freudomarxismo es primeramente lo freudiano y lo marxista. Las referencias a Marx y a Freud empiezan enredándose al relacionarse unas con otras. Luego estos enredos freudomarxistas acaban embrollándose inextricablemente entre sí en las polémicas o intentos de síntesis que se dan en el freudomarxismo.

Recordemos un poco el embrollo inextricable en el que participan los freudomarxistas Siegfried Bernfeld, Wilhelm Reich y Otto Fenichel entre 1926 y 1935. Bernfeld recurre a las pulsiones abordadas por el psicoanálisis para explicar el funcionamiento de la economía estudiada en el marxismo, lo que le vale el cuestionamiento de Wilhelm Reich, quien prefiere explicar lo psíquico de Freud por lo económico de Marx, es decir, en los términos del mismo Reich, el psiquismo y su represión por el enraizamiento ideológico del capitalismo con su lógica de explotación. Como vemos, en esta polémica ya bastante enredada, Reich plantea exactamente lo contrario que Bernfeld. Sin embargo, como si presintiera que Bernfeld tiene una parte de razón, Reich también retoma el esquema benfeldiano e intenta sintetizarlo dialécticamente con el suyo al afirmar, de modo aún más enredado, que el psiquismo tiene un “sustrato económico” tal como la economía tiene una “estructura psíquica” pulsional. Según Reich, en otras palabras, Freud se ocupa de la estructura de lo estudiado por Marx, mientras que Marx estudia el sustrato de lo analizado por Freud.

El enredo se agrava todavía más, hasta volverse ahora sí completamente inextricable, cuando Fenichel entra en escena, impulsado por su deseo de reconciliar a Bernfeld con Reich a través de una síntesis dialéctica semejante a la reichiana de sustrato/estructura. El caso es que Fenichel considera que Reich tiene la razón en lo que se refiere al mundo interior, mientras que Bernfeld acierta cuando se trata del mundo exterior. En la sociedad, en efecto, lo estudiado por Marx sería el fundamento determinante de lo estudiado por Freud, mientras que en el psiquismo sucedería lo contrario: los factores psíquicos de los que se ocupa Freud serían el fundamento determinante de los factores económicos a los que se refiere Marx. En términos marxistas, la base interna, psíquica, sería la superestructura externa, mientras que la base externa, económica, sería la superestructura interna.

Es verdad que los esfuerzos de síntesis dialéctica de Reich y Fenichel parecen merecer la descripción de embrollo inextricable que encontramos en Lacan. Sin embargo, aun si concedemos esto, hay que observar que lo embrollado lo está por desafiar la tradicional separación dualista interior/exterior y por expresar una suerte de monismo, una continuidad invertida entre el exterior y el interior, entre el campo de Marx y el de Freud, que el propio Lacan intentará captar posteriormente, unos treinta o cuarenta años después, a través de la banda o cinta de Moebius, la botella de Klein y otras figuras topológicas. En tales figuras, como en los enredos freudomarxistas de Fenichel y Reich, el afuera se continúa y se invierte en el adentro. La dialéctica reviste una forma topológica.

La topología lacaniana permitiría entonces representarse de manera clara y distinta lo que sólo puede aparecer inextricablemente embrollado en el discurso dialéctico de Reich y Fenichel, pero también del propio Lacan, al menos cuando intenta describir con palabras las figuras topológicas. Es como si nuestros discursos fueran intrínsecamente dualistas y se resistieran a manifestar una realidad como la supuesta por el monismo. De ser así, habría que tomar en serio el embrollo inextricable del freudomarxismo, pues no sería falso en sí mismo, sino que revelaría la verdad bajo una forma inadecuada, o, quizás, ni siquiera inadecuada, sino tan sólo intrincada, enigmática, poco evidente, un tanto difícil de percibir. La verdad se estaría descubriendo entonces en el freudomarxismo del único modo en que puede llegar a descubrirse para Lacan: recubriéndose al descubrirse y sin descubrirse por completo.

¿De qué verdad hablamos? Ya lo dije: la del monismo. La verdad en cuestión es la que niega la diferenciación dualista entre el interior y el exterior, entre lo psíquico y lo económico, entre el objeto de Freud y el de Marx. Uno y otro objeto serían exactamente el mismo. Habría identidad entre uno y otro. Es a lo que Lacan se refiere cuando habla de la “homología” entre su plus-de-gozar, que es el mismo de Freud, y el plus-valor o plusvalía de Marx. Decir que estos objetos son homólogos, para Lacan, es admitir que no son “análogos”, semejantes o comparables, sino que son idénticos, no habiendo entre ellos más que una pura y simple “identidad”.

Admitiendo que los objetos de Marx y Freud sean exactamente lo mismo, entendemos que un freudomarxista se enrede al tratar de relacionarlos. ¿Cómo no enredarse al tratar de relacionar lo mismo con lo mismo? El psicoanálisis y el marxismo no son tales que puedan relacionarse entre sí, ya que son lo mismo. O como lo dice Lacan al referirse explícitamente a los discursos de Marx y Freud: estos discursos no deben “ponerse de acuerdo”, ya que “son perfectamente compatibles, encajan el uno en el otro”. Ya encajan. Por lo tanto, no hay necesidad alguna de acordarlos. Mejor no hacerlo, por lo mismo por lo que es mejor no relacionar lo mismo con lo mismo, lo que sólo sirve para enredarse.

El enredo, por lo demás, no es totalmente estéril. A veces permite descubrir la causa del enredo, es decir, la identidad profunda entre el marxismo y el psicoanálisis. Este descubrimiento fue alcanzado por vías diferentes en todos aquellos que precedieron a Lacan en la identificación de la coincidencia entre el marxismo y el psicoanálisis, como Luria y Trotsky en la Unión Soviética o los mismos Reich y Fenichel en Austria y Alemania. Todos ellos, cada uno a su modo, vislumbraron que las perspectivas de Marx y Freud eran más que simplemente semejantes o convergentes, coincidiendo absolutamente en sus aspectos materialista, dialéctico e histórico.

Dando en el blanco, Luria llegó incluso a encontrar la misma orientación monista en las herencias marxista y freudiana. Una y otra, siguiendo la única superficie de la cinta de Moebio, descubrirían el interior en el exterior y el exterior en el interior. Esto es precisamente lo que les permitiría, en Luria, descubrirse la una en la otra. Es lo mismo que los surrealistas Breton, Crevel y Tzara describieron con otras palabras al referirse a la continuidad y a los vasos comunicantes o capilares entre el interior y el exterior, entre los sueños y la realidad, entre el campo freudiano y el marxista.

Sabemos que la enseñanza monista del surrealismo fue decisiva para Lacan, el cual, siguiendo la tradición inaugurada por quienes lo precedieron en el freudomarxismo y en otros marxismos freudianos, también intentó enumerar los puntos en los que las herencias de Marx y Freud coinciden hasta resultar idénticas, homólogas, indiscernibles. El primer punto fue la “pasión de revelar” y su objeto, “la verdad”, por el que Marx y Freud serían igualmente insuperables, ya que lo verdadero es “siempre nuevo”. El segundo punto de coincidencia entre el marxismo y el psicoanálisis tiene que ver también con la verdad: es la consideración de lo verdadero como algo sintomático, irregular, sorpresivo, perturbador. Lo tercero fue la concepción materialista del “sujeto cósico”, material, ininteligible, opaco. Lo cuarto fue el reconocimiento de la estructura latente, psíquica o económica, organizadora y constitutiva de lo manifiesto. Lo quinto y último fue la forma en que las herencias marxista y freudiana se transmiten poéticamente, de modo tan real como simbólico, tan sexual como social, a través del texto y su letra, de militancias y transferencias, de partidos comunistas y asociaciones psicoanalíticas.

Si Marx y Freud pueden converger como lo hacen, es quizás porque se están ocupando exactamente de lo mismo. Sería entonces la identidad misma del objeto la que los haría coincidir en los puntos detectados por Lacan. Estos puntos de coincidencia podrían estar confirmando en diversas esferas concretas los efectos del monismo que Luria postula de modo un tanto abstracto.

Es como si lo postulado por Luria, pese a su abstracción, fuera la formulación más explícita de lo que subyace a la identidad u homología entre Marx y Freud. Se trata, además, de una formulación que no indica su objeto sin explicarse a sí misma: no es tan sólo que Marx y Freud coincidan en su monismo, sino que este monismo explica la coincidencia misma del uno con el otro. Digamos que ambos descubrieron la causa misma de su coincidencia. Esto es crucial, pero ciertamente dificulta lo que Luria plantea. Sabemos, por cierto, que su genial planteamiento no fue realmente comprendido en su tiempo.

Conocemos la crítica de la que Luria se hizo acreedor en Voloshinov e incluso en su amigo Vygotsky. Es el mismo cuestionamiento que otros dirigirán a los freudomarxistas. El reproche principal, de hecho, coincide con el de Lacan. El problema de Luria es que enredaría el marxismo con el psicoanálisis. Procedería, pues, como un típico exponente del freudomarxismo.

Uno se pregunta si Lacan llegó a percatarse de todo lo que estaba en juego en el enredo freudomarxista y marxista-freudiano de la etapa de entre-guerras. Pienso que la respuesta debe ser afirmativa. Quizás incluso nadie haya medido tan bien como Lacan todo lo que ahí estaba en juego.

El monismo de los surrealistas, el mismo por el que se explica el embrollo freudomarxista, será profunda y ampliamente desarrollado por Lacan. Atravesará toda su teoría. Será compatible primero con su espinozismo, luego con su hegelianismo, después con su estructuralismo y finalmente con su topologismo, si me permiten aplicar el -ismo a su topología.

El monismo de los surrealistas y de los freudomarxistas será paradójicamente una de las causas por las que Lacan parece tan enredado, tan inextricablemente embrollado como aquellos a los que tanto debe. La misma perspectiva monista dará lugar a penetrantes conceptualizaciones lacanianas, entre ellas la exterioridad del inconsciente, la falta de metalenguaje y la extimidad con la que se designa la intimidad radicalmente exterior. Estos conceptos describen de modo preciso y penetrante aquello mismo que Luria, los freudomarxistas y los surrealistas vislumbraban.

Sabemos que Jean Audard, un poeta y crítico próximo al surrealismo, atrajo la atención del joven Lacan al publicar un texto asombroso en el que proponía una fundamentación freudiana del marxismo semejante a la que Bernfeld había elaborado poco antes en la otra orilla del Rin. Para Audard, el marxismo tan sólo podría ser auténticamente materialista si reconocía que en el fundamento del desarrollo de las fuerzas productivas, en la base de la base de las explicaciones marxistas, no estaban únicamente las ideas científicas y sus aplicaciones tecnológicas, sino las pulsiones y su materialidad corporal. Este materialismo perfectamente monista fue duramente criticado por Georges Politzer, quien encontró en el escrito de Audard el mejor ejemplo de enredo freudomarxista. Sin embargo, muchos años antes de juzgar enredado el freudomarxismo, el joven Lacan se dejó deslumbrar por el texto de Audard y quiso conocer personalmente a su autor.

Imposible tener una idea clara de lo que Lacan aprendió exactamente de Audard. Tampoco sabemos con exactitud lo que le debe a los surrealistas en general. El monismo viene de ellos y de su especial vinculación entre Marx y Freud, pero viene también de Marx y Freud, de Spinoza y luego de Hegel explicado en clave marxista y heideggeriana por Kojève.

Lo seguro es que hay aquí coincidencias entre Lacan y los diversos marxismos freudianos. Esto explica también la pasión de Lacan por Marx, así como la orientación monista de su teoría y el estilo enredado que lo caracteriza. En su aspecto estilístico, el enredo lacaniano recuerda irresistiblemente a Crevel y a otros marxistas freudianos. Es una manera de no ceder a la tentación del dualismo, que es también, por cierto, la tentación de la facilidad.

¿Por qué ser marxista en psicoanálisis?

Divanfreud

Charla organizada por el Movimiento Freudomarxista en la Universidad Emiliano Zapata, Monterrey, Nuevo León, el jueves 27 de septiembre de 2018

David Pavón-Cuéllar

¿Por qué ser marxista en psicoanálisis? Entiendo esta pregunta en un sentido amplio. Es como si preguntara de qué sirve ser marxista en psicoanálisis, qué se gana con serlo, para qué serlo. Responder este para qué ya es una manera de responder por qué ser marxista en psicoanálisis. Es así como responderé ahora, brevemente, al referirme a por lo menos una parte representativa de todo aquello para lo que pienso que puede servir el marxismo en la teoría y la práctica inauguradas por Freud.

En el campo psicoanalítico, del modo más general, el marxismo puede resultar beneficioso por el simple hecho de ofrecer una perspectiva diferente de la freudiana para juzgar e interpretar lo que ocurre, pero también, cuando se estime necesario, para desprenderse de la perspectiva freudiana, para distanciarse de ella, dar un paso atrás y atreverse a mirarla críticamente. De modo más preciso, como veremos ahora, la sensibilidad marxista nos permite abordar cuestiones tan descuidadas y tan decisivas para el psicoanálisis como su costo, las condiciones sociales de su realización, la determinación cultural e histórica de sus prácticas e instituciones y sus posibles relaciones con el sujeto y con el sistema capitalista.

El marxismo puede ser útil primeramente para tomar en serio todo lo relacionado con el dinero: para pensar en las implicaciones del funcionamiento del psicoanálisis como profesión liberal y remunerada, para ser conscientes del riesgo de la conversión del tratamiento psicoanalítico en una mercancía particularmente susceptible de fetichización y para problematizar la función del pago en el análisis, considerar la posibilidad de un análisis gratuito y no ver como algo natural que ciertos psicoanalistas evadan impuestos o conviertan su práctica en un eficaz instrumento de enriquecimiento. Para lo que puede servir el marxismo, por lo tanto, es para abordar todas esas cuestiones espinosas relativas al aspecto pecuniario-lucrativo del proceso analítico. Al hacernos abordar tales cuestiones, el marxismo nos hace pensar en algo impensable para el psicoanálisis, en el dinero no sólo como sustituto de las heces, como significante de la falta de significación de los demás significantes o como simple valor simbólico interpretable de manera diferente para cada sujeto, sino como lo que también es: como algo objetivo, condicionante y determinante del análisis, exterior a él, que resiste a cualquier interpretación, precisamente porque la hace posible al pagarla, y que puede llegar a constituir la verdad más fundamental de un análisis reducido a no ser más que un simple negocio como cualquier otro. Para pensar en el dinero como tal, como variable absolutamente independiente, necesitamos del marxismo.

Al hacernos cobrar conciencia de todo lo que significa objetivamente el dinero, el marxismo ya nos está sirviendo para hacer consciente una parte de lo que Robert Castel llamaba “el inconsciente social del psicoanálisis”, es decir, la forma en que la sociedad está inconscientemente presente en el marco analítico, estructurando todo lo que ocurre dentro de él. Para que lo social no pase desapercibido, para no abstraer lo social de un psicoanálisis artificialmente aislado y aseptizado, necesitamos de una perspectiva como la marxista. Esta perspectiva resulta esclarecedora cuando pensamos en asuntos como la diferencia de clase entre el analista y el analizante, sus respectivas orientaciones políticas e ideológicas, algunas de las relaciones de poder que llegan a establecerse entre uno y otro, las diversas formas de jerarquización y estratificación que se dan en el seno de las asociaciones psicoanalíticas y hasta el aspecto patriarcal de lo planteado por Freud y la relación de este aspecto con la sociedad de clases.

Además de ayudarnos a redescubrir la sociedad, el marxismo nos permite reconocer la incidencia de la cultura y la historia en el campo psicoanalítico. Ser marxista sirve aquí, por un lado, para situar históricamente la herencia freudiana, para saber de qué manera manifiesta una época precisa y para tener una idea clara sobre diversos aspectos de la constitución histórica del sujeto al que se refiere Freud, tales como su represión específicamente burguesa, el fundamento judeocristiano de su individualidad, el origen de su dualidad cuerpo/alma en la división del trabajo manual/intelectual resultante de la sociedad de clases y las causas de sus demás divisiones en la sociedad burguesa moderna. Por otro lado, ser marxista en psicoanálisis puede servir para entender a Malinowski en su discusión con Jones y Roheim, para situar el valioso legado freudiano en una cultura específica, para atreverse a relativizarlo y no darle un sentido universal, es decir, para no universalizar la configuración edípica, para ver en ella lo que es, una expresión de la familia monógama y patriarcal en su versión moderna capitalista, dominada por los sentimientos burgueses de posesividad y rivalidad-competitividad.

La consideración marxista de lo cultural y de lo histórico podría contribuir también a detectar lógicas de tipo colonial que se presentan, para pueblos como los de América Latina, en el prestigio y en la efectividad simbólica de lo freudiano en tanto que europeo, en el claro deslinde centro/periferia de las instituciones psicoanalíticas internacionales, en ciertas lecturas periféricas totalmente subordinadas al criterio interpretativo de los centros europeos del psicoanálisis o en el movimiento unilateral de las ideas psicoanalíticas legítimas de norte a sur y sólo excepcionalmente de sur a norte. En el mismo sentido, el marxismo puede ser provechoso para no separar la difusión del psicoanálisis en las ex-colonias latinoamericanas de su fundamento en la expansión colonial del capitalismo, de la cultura moderna occidental y de la ideología burguesa.

El marxismo no sólo nos hace considerar aspectos sociales, culturales e históricos generalmente desatendidos por quienes mantienen y preservan la herencia freudiana, sino que también tiene efectos directos en la escucha analítica, en la interpretación y en el tratamiento. La perspectiva marxista puede permitirnos identificar cierta ideología cuando habla por la boca del sujeto, estar al tanto de los intereses que tal ideología obedece y que pueden ser diferentes de los del sujeto, discernir el sustrato socioeconómico y el aspecto ideológico de fantasías y padecimientos, descubrir algo de lo cultural que está en juego en la exterioridad del inconsciente, saber algo del gran Otro que desea en el sujeto y cuyo discurso es el del inconsciente. El marxismo puede ayudarnos a tratar a los sujetos como lo que son, como seres transindividuales, como conjuntos de comunidades, clases, grupos de pertenencia, diversos nosotros anudados y no yos asociales, aislados y desvinculados, sin otros vínculos que los familiares. Es así como el marxismo consigue liberar la escucha analítica de las prisiones ideológicas burguesas del individualismo y el familiarismo en las que a veces ha quedado encerrada.

La sensibilidad marxista puede hacer también que se escuche de otro modo lo dicho por el sujeto al no responsabilizarlo de los efectos del capitalismo, al no cerrar los ojos ante su opresión o su explotación, al no individualizar los problemas estructurales, al no psicologizar lo político y lo socioeconómico, al no despolitizar y así desconocer un inconsciente que es él mismo la política y al no ofrecer al sujeto coartadas que lo eximan de su participación en luchas colectivas. El marxismo admite la existencia de problemas que sólo pueden resolverse en las luchas colectivas y no en el análisis individual, en las calles y no en el diván, y puede prevenir la tendencia viciosa de muchos psicoanalistas a reducir todo compromiso militante a un fenómeno de psicología de masas o a un intento de solución personal, pretexto, evasiva o idealización, para un problema también personal.

Además de ayudarnos a distinguir lo personal y lo histórico, el marxismo en psicoanálisis nos permite diferenciar lo que Marcuse llamaba la represión básica y la represión excedente subordinada a la dominación, el principio de realidad y el principio de actuación correspondiente a cierta sociedad, el inevitable malestar en la cultura y el evitable malestar propio del capitalismo. Es así, a través de tales diferenciaciones, como el marxismo nos impide limitar el horizonte de la experiencia analítica a los imperativos e ideales de la sociedad burguesa capitalista. Nos impide también ceder a los propósitos adaptativos cuyo cumplimiento es determinante para la dominación del sistema sobre el sujeto. Nos impide, por último, reducir el psicoanálisis a una función de válvula de escape, de pequeña revolución individual para impedir las grandes revoluciones colectivas o de reacomodo para posibilitar la reproducción del sistema.

Al aportarle al psicoanálisis todo lo que le aporta, el marxismo puede inmunizarlo contra su aburguesamiento, psicologización y subordinación a los intereses del sistema, como ya se vio hace unos ochenta años, cuando los freudomarxistas estuvieron entre los que resistieron más eficazmente a la americanización y nazificación de la herencia freudiana. En el pasado como en el presente, ser marxista en psicoanálisis podría ser la mejor manera de ser freudiano, de mantenerse fiel a un legado siempre amenazado por el capitalismo y por sus dispositivos ideológicos.

Comunismo y psicoanálisis ante el sujeto del sistema capitalista neoliberal

Comunismo

Conferencia en el Coloquio para la Formación de la Red Interamericana de Psicoanálisis y Política (REDIPPOL), el miércoles 5 de septiembre de 2018, en el Instituto de Psicología de la Universidad de São Paulo, Brasil.

David Pavón-Cuéllar

Psicoanálisis y comunismo

Quizás el psicoanálisis, como Jacques Lacan lo consideró alguna vez, no haya sido más que una “moda”1. Tal vez la moda ya esté pasando. Puede ser que muy pronto, como el mismo Lacan lo había previsto, el descubrimiento freudiano ya no le importe a nadie2. O es posible que únicamente le interese a pequeños grupos como los que hoy siguen cultivando la grafología o estudiando la frenología.

Personalmente, sin querer ofender a los presentes, no me preocupa demasiado que el psicoanálisis deje de interesarle al gran público. Me basta con el interés que yo le profeso. Como ni siquiera me desempeño como psicoanalista, no requiero de los analizantes de los que podría proveerme una sociedad interesada en el tratamiento psicoanalítico.

No tengo necesidad alguna del interés de los demás en el psicoanálisis. Tan sólo necesito de mi propio interés en el potente legado freudiano y del mismo legado como de un medio para un fin muy preciso. Este fin es el comunismo. Es algo muy concreto. No sólo es algo situado más allá del horizonte al que jamás habremos de llegar, sino que es ya el camino para llegar a ese destino.

El comunismo, para mí, es la práctica de lo común entre los que nos denominamos comunistas. Es una práctica teorizada incesantemente, no sólo por Marx y por sus seguidores, aunque sí por ellos de modo insuperable. Es la práctica y su teoría o la idea que se tiene de la práctica. Es también lo que aspiramos a encarnar a través de tal práctica, lo que Alain Badiou ha descrito como “subjetividad trans-temporal de la emancipación”, descubriéndola en todas las insurrecciones populares, equiparándola ontológicamente con la democracia y caracterizándola por orientaciones como la “pasión igualitaria”, la “deposición del egoísmo”, la “intolerancia ante cualquier opresión”, el “anhelo de la cesación del Estado”, la opción preferencial por la “presentación-múltiple” en lugar de la “representación” y la “tenaz obstinación militante” que se involucra por un acontecimiento y que se dirige a una “infinidad” no determinada ni jerarquizada3.

Yo agregaría tres orientaciones de la subjetividad comunista: el desbordamiento de la individualidad a través de la solidaridad, la realización de la comunidad y la participación en el nivel más fundamental de la historia de la humanidad, el de los de abajo, los anónimos, las masas, el pueblo. Al agregar esto, no dejaría de estar de acuerdo con Badiou, quien describe el componente subjetivo del comunismo como la incorporación por la que el “cuerpo individual” se inserta en el “cuerpo-de-verdad” comunista en el momento en el que franquea sus límites, como “el egoísmo, la rivalidad y la finitud”, y así consigue “pertenecer al movimiento de la historia”4.

Es para el comunismo que nosotros, los comunistas, necesitamos del psicoanálisis. Lo necesitamos porque sirve para mucho de lo que buscamos, como la reinserción en la trama histórica, la evasión de la esfera individual y la subversión de las identificaciones opresivas. Esto justifica sobradamente nuestro interés en el psicoanálisis. El interés de los otros, de los que no son comunistas, aunque ciertamente no me tenga sin cuidado, tampoco es algo que me quite el sueño.

Otra modernidad

No me importa demasiado que el psicoanálisis deje de importar. Lo que sí me importa en demasía es que el comunismo pierda importancia, que vaya desatendiéndose, descuidándose, quizás hasta extinguirse o ser únicamente de interés para pequeños grupos de nostálgicos o especialistas. Este riesgo me preocupa tanto como lo que podría llegar a representar: el fin del mundo, el fatídico fin del único mundo moderno habitable fuera del capitalismo, y no sólo un fin más de un mundo entre otros que desaparecen año tras año.

El fin de los mundos está en marcha desde hace mucho tiempo. Desde que el capitalismo existe, avanza, y desde que avanza, destruye todos los mundos que va encontrando a su paso y que le estorban de un modo u otro. Algunos de ellos, con sus lenguas y sus culturas, ya existían desde hace miles de años y tan sólo llegaron a nuestra época para desaparecer. Otros, como los designados con los nombres de Marx y Freud, parecen haber aparecido en el seno mismo del capitalismo como bolsas de resistencia que sin duda van reabsorbiéndose poco a poco en lo que les rodea, pero en las que hay todavía mundos que no dejan de resistir contra la reabsorción, mundos como el comunista en el caso de lo designado con el nombre de Marx.

Es gracias en gran parte al marxismo que el comunismo forma parte de la modernidad, es un bastión en el seno mismo de la época moderna, y no sólo se nos presenta como un paraíso perdido, como el mito profundamente verdadero de la comunidad primitiva, que sólo existiría proyectado en la olvidada noche de los tiempos o en los deteriorados márgenes de la civilización. De igual modo, si eso que está involucrado en la práctica psicoanalítica y que la trasciende y antecede, si eso que es y no es ella, sea lo que sea, existe en el mundo moderno, ha sido principalmente por el esfuerzo de Freud y de los freudianos.

Marx, Freud y sus seguidores han modernizado todo eso vital que el capitalismo excluye. Lo han hecho reaparecer y lo han mantenido vivo en los tiempos modernos. Es así como han abierto la posibilidad inédita de otra modernidad en la que no sólo reinen de modo absoluto la opresión y la represión, la explotación y lo negación, la sumisión y la adaptación. Que puede haber algo más, que puede haber otra cosa que no sea tan sólo eso por ser moderna, es lo que aprendemos de Marx y Freud. Como también lo ha observado Badiou, el marxismo y el freudismo “surgen del interior de la modernidad capitalista” e “intentan uno y otro crear, en el interior de este espacio histórico coercitivo, una modernidad otra, en ruptura con las formas dominantes establecidas”5.

La única diferencia entre las alternativas marxista y freudiana, aquella por la que yo me aferro más a la primera que a la segunda, es que solamente el marxismo nos ofrece una puerta de salida y un refugio habitable para escapar del capitalismo. El psicoanálisis puede ser una llave que nos ayude a abrir la puerta, pero la puerta es marxista y conduce al comunismo. Esto lo comprendió perfectamente Badiou cuando consideró que la modernidad alternativa marxista siempre había sido y seguía siendo la “única” opción que tenemos de permanecer en la modernidad sin quedarnos recluidos en el campo de exterminio del capitalismo6. Tan sólo el marxismo puede permitirnos, pues, continuar adelante, no volver atrás, al escapar del sistema capitalista en el que estamos aprisionados: un sistema que se obstina en excluir el comunismo y negar el marxismo porque pretende constituir la única posible modernidad, lo que viene a confirmar su carácter invasivo, totalitario y globalizado, cada vez más inescapable, en especial desde que se ha reconfigurado en su infalible forma sociopolítica neoliberal.

El sujeto neoliberal ante el del comunismo y el del psicoanálisis

El neoliberalismo representa uno de los mayores éxitos en la historia del sistema capitalista. Una razón decisiva por la que el capitalismo neoliberal ha llegado a ser tan exitoso ha sido su capacidad inigualable para suministrarse un sujeto adecuado a su funcionamiento. Esto lo ha conseguido a través de los más diversos medios represivos, ideológicos, disciplinarios y de control, entre ellos la educación en la familia y en la escuela, el trabajo y su organización, el consumo y el endeudamiento, la vigilancia y las evaluaciones, los estímulos y las penalizaciones, la psicología y la psicoterapia, la información y la publicidad, ciertas formas de comunicación y de socialización, el entretenimiento y la cultura de masas, los recursos mediáticos y los demás dispositivos tecnológicos. El resultado ha sido un sujeto diametralmente opuesto al que resulta de la subjetivación comunista: un sujeto absolutamente incompatible con el comunismo, en cierto modo inmunizado contra él, incluso programado en su contra, como si fuera el que es para conjurarlo e impedirlo.

Mucho en la subjetividad neoliberal es el negativo de la subjetivación comunista. En otras palabras, aquello con lo que se hace el comunismo constituye una gran parte de aquello cuya falta distingue al sujeto característico del neoliberalismo. Tal es el caso de la militancia, la participación en la historia y los sentimientos de igualdad, solidaridad y comunidad. Rompiendo con lo comunitario, el sujeto neoliberal está replegado y encerrado en su individualidad. Es egoísta en lugar de solidario, competitivo en lugar de igualitario. No es militante de ninguna causa colectiva, sino agente de su propio interés individual. Tan sólo busca maniobrar de la mejor manera en su presente inmediato y no participar en proceso histórico alguno.

El sujeto neoliberal tampoco parece corresponder al del psicoanálisis. Al menos en la impecable apariencia de su versión típica y normal, no tiene mucho que hacer en un diván, ya que no conserva convicciones de las que tema dudar, no es habitado por misterios que se obstine en comprender, no lidia con síntomas que necesite interpretar, no espera descubrir nada en sus palabras, no se deja intrigar ni por sus sueños ni por sus actos fallidos. No está internamente desgarrado ni entre objetos ni entre impulsos ni entre puntos de vista. No es presa de un deseo que no pueda ni sofocar ni satisfacer ni confesar. No es tampoco víctima ni de una ley implacable ni de sus efectos de represión y de censura. No sufre de ideas fijas ni de fantasías obsesivas ni de reminiscencias pertinaces. No está desesperadamente atrapado en el oscuro laberinto de su pasado. No es acechado ni por la perseverancia de su memoria ni por la insistencia de la verdad.

El sujeto neoliberal no es aparentemente el del psicoanálisis, así como tampoco es definitivamente el del comunismo, pero es muchas otras cosas que diversos autores, algunos de ellos freudianos, han ido identificando en las últimas cuatro décadas. Es el empresario de sí mismo en Michel Foucault7. Es el consumista enajenado en Enrique Guinsberg8. Es alguien atemorizado y políticamente manipulado en Christophe Dejours9, incesantemente evaluado y vigilado en Pierre Dardot y Christian Laval10, sometido a través de sus deudas impagables en Mauricio Lazzarato11. Es el panóptico de sí mismo y su propio explotador en Byung-Chul-Han12. Es incompatible con la igualdad, la justicia y la democracia en Wendy Brown13. Es alguien cuya resiliencia, en David Chandler y Julian Reid, le hace adaptarse a cualquier situación en lugar de buscar la manera de transformarla o liberarse de ella14.

Descripción empírica de un estado resolutorio aparente

En sus diversas caracterizaciones, el sujeto neoliberal no es definido ni por lo que desea ni por aquello a lo que aspira. Tampoco se le define por sus conflictos internos, como el del psicoanálisis, ni por sus luchas externas, como el del comunismo. El principio definitorio no radica ya en las tensiones y contradicciones en uno mismo y en el mundo, sino en una condición acabada en la que tales tensiones y contradicciones existenciales parecen haberse resuelto en vínculos estables consigo mismo y con el mundo: vínculos de empresa, de consumo y enajenación, de temor y manipulación, de evaluación y vigilancia, de endeudamiento, de explotación y adaptación.

Los mencionados vínculos hacen que el sujeto del neoliberalismo, a diferencia de los del psicoanálisis y el comunismo, se nos presente como una realidad consumada y no como una fuente de posibilidades, como algo que ya es y no como algo que se está haciendo o que está por hacerse, como una entidad pletórica de positividad y carente de negatividad, como una figura estática y no dinámica ni mucho menos dramática. Es una imagen en la que nada se mueve ni se transforma, en la que nada sobra ni falta, en la que nada resiste ni discrepa ni desentona. Todo encaja demasiado bien, salvo el espectador. ¿Cómo no desconfiar ante esta imagen tan perfecta?

Podemos conjeturar, en clave marxista, que el sujeto neoliberal del que tanto se nos habla es tan sólo un estado resolutorio aparente, pero no el proceso contradictorio subyacente. De ahí que la manera en que se le presente no suela ser ni explicativa ni dialéctica, sino más bien descriptiva y empírica. Se describe simplemente nuestra experiencia, nuestra sensación, la impresión que nos da lo descrito.

La descripción resulta evidentemente reveladora, pero quizás el estilo empírico descriptivo esté revelando más del neoliberalismo que aquello mismo que se describe. Lo seguro es que tal estilo no podría jamás dejar totalmente satisfechos a quienes prefieren guiarse por una sensibilidad como la que les fue legada por Marx y Freud. Tal es el caso, por ejemplo, de Toni Negri y de Jorge Alemán, los dos intentando no atenerse al resultado y la apariencia: el primero al insistir en lo que no encaja, en la inevitable resistencia de la subjetividad contra el neoliberalismo15; el segundo al destacar lo que falta y sobra, lo que hace que el sujeto neoliberal se exceda y vaya siempre más allá de sus límites16.

¿Qué hacer?

Lo que aprendemos de Alemán es tan inquietante como esperanzadoras pueden ser las enseñanzas de Negri. Acto seguido, en lugar de oscilar y debatirse entre la esperanza y la inquietud, conviene que nos hagamos la pregunta crucial: ¿qué hacer? Y para nosotros, de manera más precisa: ¿qué hacer aquí, en el campo de las ideas, en el mundo intelectual y académico en el que nos encontramos?

Pienso que lo primero que debe hacerse, lo único a lo que me referiré por ahora, es lo que ya empezaron a hacer Negri y Alemán, aunque también, al menos en cierto grado, varios de los autores que mencioné antes. Hay que pensar en el sujeto neoliberal sin caer en su juego, sin dejarnos hechizar y seducir por él, sin paralizarnos ante los resultados y las apariencias exteriores de las contradicciones que no pueden constituirlo sin desgarrarlo. Hay que redescubrir la verdad latente del proceso contradictorio y no sólo atenernos a lo que se manifiesta en el estado resolutorio aparente.

Debemos explicar y no sólo describir, pensar dialécticamente y no sólo constatar empíricamente. Hay que ver lo que puede ser además de lo que es, lo que falta o sobra en lo que se presenta, lo que no encaja en lo que encaja, lo que excede o lo que resiste. Debemos encontrar el síntoma, la sinrazón en la razón del sujeto neoliberal, es decir, parafraseando a Marcuse, el germen de la negatividad revolucionaria en la positividad racional del neoliberalismo.

Tenemos que reaprender lo que Marx, Freud y muchos de sus seguidores nos han enseñado. Quizás entonces, despertando al fin de la común y halagadora ilusión por la que nos creemos absolutamente diferentes de nuestros ancestros, caigamos en la cuenta de que el sujeto neoliberal no es tan original y nuevo como creíamos. Tal vez incluso nos demos cuenta de que no es irreductiblemente otro que el del comunismo y el del psicoanálisis.

Han, Foucault y la servidumbre voluntaria

Veremos que el sujeto neoliberal que se repliega en su individualidad no se está replegando ni en sí mismo ni en algo propio, sino en algo ajeno y enajenante, en un producto del sistema capitalista, en una posición de la estructura, como nos lo demuestran Marx y Engels al criticar a Max Stirner en la Ideología Alemana. De ahí que el mismo sujeto neoliberal, como ya lo advirtió Hegel con respecto al sujeto liberal, no pueda ser tan egoísta como imaginamos y como él mismo quisiera. Cuando cree hacer algo únicamente para su yo, en realidad lo está haciendo por el sistema del que su yo es la expresión. Este sistema, poseyendo su yo, es el que lo hace trabajar y consumir como lo hace, como algo que se esclaviza y se consume, explotándose y vigilándose constantemente a sí mismo.

Cuando cree ser su propio explotador y su propio vigilante o el panóptico de sí mismo, según los términos de Byung-Chul-Han, el sujeto no es en realidad sino explotado y vigilado por un papel que debe desempeñar en el sistema capitalista y que resulta indiscernible del mismo sistema. Este sistema es el que sigue explotando al sujeto que se explota, el cual, por lo tanto, más que explotarse a sí mismo, simplemente se está dejando explotar, está contribuyendo voluntariamente a su explotación, lo que está implícito en el concepto mismo de la disciplina e incluso ya en la servidumbre voluntaria de la que La Boétie nos hablaba en el siglo XVI17.

Ahora como hace quinientos años, el sujeto, más que un siervo de sí mismo como señor, es el siervo del señor que se hace pasar por él. No es el proyecto del sujeto, como lo supone Han, sino el proyecto del sistema que lo domina y que ocupa su lugar de sujeto. Es la empresa del empresario que lo posee y no exactamente el propio empresario.

El sujeto neoliberal, en efecto, no es tanto un empresario de sí mismo, según la famosa denominación de Foucault, sino más bien la empresa del capital que usurpa su identidad y que le hace considerarse un empresario. Tenemos aquí lo fundamental. Es algo que Foucault no ignoraba. Es también algo que Han seguramente sigue recordando. Sin embargo, aunque los dos lo sepan y aunque sea lo fundamental, ninguno de los dos lo enfatiza, quizás precisamente porque no deben enfatizarlo, porque es algo que está prohibido poner de relieve en tiempos neoliberales. Es algo impensable, algo que ni siquiera está permitido recordar, algo que no puede ni atenderse ni tornarse consciente. Hay aquí un vacío, una omisión, que es también el neoliberalismo y que nos hace pensarlo de cierto modo, pensándolo sin pensarlo, sin pensar algo fundamental en él.

Pensamiento neoliberal

Es claro que lo neoliberal es también el pensamiento de lo neoliberal. Es también una cuestión de pensamiento, atención, conciencia, memoria, énfasis. Es algo que estriba en la concepción misma del sujeto auto-vigilado y auto-explotado, en su concepción más que en su auto-vigilancia y su auto-explotación, que son cosas que siempre han existido, aunque ahora, de pronto, nos parezcan totalmente nuevas.

El sujeto neoliberal no es tan sólo el caracterizado por Han y por Foucault. No es únicamente el descrito, sino también y en especial el que lo describe. Es Han, pero también, me duele mucho tener que decirlo, es Foucault, aunque menos Foucault, desde luego, si es que sirve de algo señalarlo.

En realidad, más que el pensador, es el pensamiento el que despliega lo que podríamos llamar el espíritu del neoliberalismo. Neoliberal es el pensamiento individualista que se mantiene aferrado a una individualidad monolítica y cerrada sobre sí misma: una individualidad que se desenvuelve en perfecta continuidad consigo misma, ya sea de modo activo, como la de quien se explota, se vigila en Han o se desempeña como su propio empresario en Foucault, o bien de modo pasivo, como en las figuras del enajenado en Guinsberg, el atemorizado y manipulado en Dejours, el evaluado y vigilado en Dardot y Laval, el endeudado en Lazzarato y el adaptado en Chandler y Reid. Neoliberal es el pensamiento empírico y descriptivo que se concentra en lo que es, hace o padece el individuo, y olvida lo que Marx y Freud vieron muy bien: las contradicciones y los conflictos del sujeto dividido, transindividual, atravesado por el exterior, poseído por su adversario, siendo otro que él mismo, haciéndose así lo que el otro le hace, ejecutando lo que se le hace padecer a cada momento, encargándose de su explotación y su vigilancia, pero también, simultáneamente, realizando los demás procesos del sistema que lo hacen estar en el estado en el que se encuentra: enajenándose al ser enajenado en Guinsberg, atemorizándose y manipulándose al ser atemorizado y manipulado en Dejours, evaluándose o sometiéndose a evaluaciones al ser evaluado en Dardot y Laval, endeudándose cuando se le endeuda en Lazzarato y adaptándose cuando se le adapta en Chandler y Reid.

El sujeto nunca falta, está siempre ahí, participando en lo que se le hace, de tal modo que no se le puede reducir a la objetivación en la que es todo lo que se dice que es. El sujeto es objeto y proyecto del sistema, pero también es el sistema, lo es al dividirse de sí mismo y hacerse lo que el sistema le hace. Lo es, por ejemplo, al explotarse y enajenarse como capital variable en Marx18, o al adaptarse como instancia yoica y al evaluarse de modo superyoico en Freud19.

La adaptación del yo y la evaluación por el superyó constituyen procesos contradictorios, desgarradores para el sujeto poseído por el sistema, que subyacen al estado adaptado en Chandler y Reid y al estado evaluado en Dardot y Laval. De igual modo, en la auto-explotación de Han y en la enajenación del consumo en Guinsberg, vislumbramos la explotación capitalista que subsume al sujeto, se apodera de su vida, la convierte en fuerza de trabajo y de consumo, en mercancía vendible y en capital variable, haciendo así que la vida misma del explotado sea la del explotador. Tenemos aquí al vampiro del capital que no tiene otra vida que la de sus víctimas. Esto es precisamente lo que está en la base de la enajenación extrema propia del capitalismo neoliberal. Es hacer que el sujeto sea tan ajeno a sí mismo que pueda ser aquello mismo que lo explota. Es explotar al sujeto hasta el punto de que sea él mismo el que se explote. Digamos que somos tan explotados por el sistema que hacemos todo lo hecho por el sistema, incluso explotarnos.

Verdad y esperanza

Al considerar que el sujeto se hace lo que el sistema le hace, no corremos el riesgo ni de olvidar al sujeto al que apostamos ni de soslayar el sistema al que debemos denunciar, así como tampoco nos arriesgamos a concebirlos por separado, como si fueran dos ámbitos independientes entre sí. Esto no sólo asegura el carácter dialéctico de nuestro pensamiento, sino que le otorga un alcance explicativo del que está desprovisto cuando se ocupa exclusivamente del sujeto neoliberal y lo abstrae del sistema capitalista que lo determina. Por último, al reconocer la intersección entre cada sujeto y el sistema que este sujeto es y no es, evitaremos también caer en lo que Lacan llamaba paratodear20, es decir, en el caso que nos ocupa, reducir la condición de sujeto a la del sujeto neoliberal en su totalidad y en su generalidad, traicionando la verdad inherente a cada sujeto, que es necesariamente no-toda, como también lo sostiene el mismo Lacan21.

Iremos difícilmente por el camino de la verdad, por ejemplo, si caracterizamos al sujeto neoliberal, en sentido universal y absoluto, como adaptado, manipulado o enajenado. Mejor será considerar que aquí, en el neoliberalismo, cada sujeto está siempre, aunque en cada caso de manera diferente, adaptándose, manipulándose y enajenándose, lo que significa, entre otras cosas, que nunca está completamente adaptado, manipulado ni enajenado, habiendo siempre aún algo variable y singular que resiste en él y que no hay manera de adaptar ni de manipular ni de enajenar. Este algo hace que el sujeto neoliberal no sea nunca todo el sujeto ni lo sea irremediablemente, sino que aún sea el del comunismo y el del psicoanálisis, el de lo común y el del deseo, el que milita y el que sueña, el participante de la historia y el atrapado en su pasado: un sujeto que aún puede entrar en conflicto consigo mismo y con lo que lo domina dentro y fuera de él, estando así en condiciones de recobrar en cierta medida la singularidad y la comunidad que no tienen cabida en el sistema.

El capitalismo neoliberal, en efecto, no puede apoderarse ni totalmente ni definitivamente de la subjetividad. Como lo habíamos comentado, subsisten siempre bolsas de resistencia, entre ellas aquella en la que algunos depositamos toda nuestra esperanza, la del comunismo, cuyo germen está en cualquier sujeto, pues cualquiera, en lo más íntimo de sí mismo, está participando en lo común y comunitario, en lo igualitario y solidario, en lo popular e histórico, en lo múltiple y militante. Cualquiera es también ello, siempre, aunque lo traicione.

Aunque no vea todavía la salida, cualquiera es ya la puerta por la que puede salirse del capitalismo neoliberal. Cualquiera es ya esa puerta y tiene la cerradura que puede abrirse con una llave como la del método psicoanalítico. Aprovechemos que el psicoanálisis aún existe para tratar de abrir la puerta y dirigirnos al comunismo.

Seamos otra cosa que la única misma cosa que hay que ser en el capitalismo neoliberal. No demos razón a las formas en las que se nos representa. No seamos las identidades neoliberales que se nos asignan. Tenemos el psicoanálisis para desidentificarnos de ellas, pero no caigamos en la trampa de la desidentificación totalitaria que se promueve a veces en el psicoanálisis, que lo conduce a tornarse un paradójico dogma típicamente posmoderno, una metanarrativa que descarta cualquier otra metanarrativa, un metalenguaje para negar la existencia del metalenguaje, coincidiendo así con la orientación ideológica del neoliberalismo que es precisamente la que hace que la herencia freudiana esté pasando ya de moda.

Habría que pensar en desidentificarse y desidealizarse del indiferente y escéptico, del hombre sin cualidades y sin ideales, del ser totalmente desidentificado y desidealizado, que pretende resistir desnudo y desamparado contra lo que le rodea, como si su desnudez y su desamparo no fueran también efecto identitario y expresión ideológica de lo que le rodea, como si el discurso capitalista no implicara también el del inconsciente, el del amo, el del capital erigido en poder absoluto. De hecho, el nuevo ser desnudo y desamparado, el proletario del siglo XXI, ha quedado subsumido como fuerza de trabajo en el capital, se ha convertido él mismo en capital variable, y es ahora quien mejor trabaja para el capitalismo neoliberal. No seamos este sujeto al no atrevernos a ser nada preciso en el campo de batalla de la política. Mejor tener el valor de ser algo, de identificarnos con algo, de exponernos a la vergüenza posmoderna de empuñar un ideal como el del comunismo.

Referencias

1 J. Lacan, Place, origine et fin de mon enseignement (1967), dans Mon enseignement, Paris, Le Seuil, 2005, p. 66.

2 J. Lacan, Propos sur l’hystérie (1977), Quarto (supplément belge à La lettre mensuelle de l’École de la Cause Freudienne), 2 (1981), p. 9.

3 A. Badiou, D’un désastre obscur. Droit, État, Politique (1991), La Tour D’Aigues, L’Aube, 2012, pp. 18-19.

4 A. Badiou, L’hypothèse communiste, Clamecy, Lignes, 2009, pp. 184-186.

5 A. Badiou, Qu’est-ce que j’entends par marxisme? París, Éditions Sociales, 2016, p. 65.

6 Ibid., p. 70.

7 M. Foucault, Nacimiento de la biopolítica (1979), Buenos Aires, FCE, 2007.

8 E. Guinsberg, Psico(pato)logia del sujeto en el neoliberalismo, Tramas 6 (2) (1994), 21-35.

9 C. Dejours, Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale (1998), Paris, Le Seuil.

10 P. Dardot y C. Laval, La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale. París, La Découverte, 2009.

11 M. Lazzarato, La fábrica del hombre endeudado. Ensayo sobre la condición neoliberal (2003), Buenos Aires, Amorrortu.

12 B.-Ch. Han, Psicopolítica, Barcelona, Herder, 2014.

13 W. Brown, Undoing the demos: Neoliberalism’s stealth revolution, Nueva York, Zone Books, 2015.

14 David Chandler y Julian Reid, The Neoliberal Subject: Resilience, Adaptation and Vulnerability, Londres, Rowman & Littlefield, 2016.

15 A. Negri, The Politics of Subversion: A Manifesto for the Twenty-First Century, Oxford, Polity Press, 1989.

16 J. Alemán, Neoliberalismo y subjetividad (2013), Página 12. https://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-215793-2013-03-14.html

17 E. La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1548), París, Mille et Une Nuits, 1995

18 Ver capítulo VI de la sección tercera de K. Marx, El Capital, libro I (1867), Ciudad de México, FCE, 2008, pp. 181-190.

19 S. Freud, El yo y el ello (1923), en Obras completas, volumen XIX (pp. 1-66), Buenos Aires, Amorrortu, 1998.

20 J. Lacan, L’étourdit (1972), en Autres écrits, París, Seuil, 2001, p. 460.

21 J. Lacan, Télévision (1974), en Autres écrits, París, Seuil, 2001, p. 509.